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Islam Mubarak à Zoom Africa News : L’art est capable de briser les stéréotypes sur l’Afrique (Interview)

L'artiste soudanaise parle de la nécessité de briser les stéréotypes et du rôle de l'art pour rapprocher les gens.

Interview réalisée par : Mohammed Omran

À l'heure où l'attention se tourne vers la redécouverte identité africaine Dans le domaine de l'art et du théâtre, l'artiste soudanaise Islam Mubarak se distingue comme l'une des voix qui considèrent l'écran non seulement comme un moyen de divertissement, mais aussi comme une plateforme pour corriger les stéréotypes et mettre en lumière la richesse culturelle et humaine du continent. À travers ses œuvres, elle s'attache à présenter l'Africain dans toute sa complexité : ses rêves, ses défis et ses histoires qui méritent d'être racontés, loin de toute réduction et marginalisation.

Islam Moubarak : L'art est capable de déconstruire les stéréotypes sur l'Afrique

Dans une interview exclusive accordée à Zoom Africa News, Islam Mubarak revient sur son expérience dans l'interprétation de personnages africains, les préparatifs en coulisses pour ses rôles et sa vision de la future présence du continent dans le théâtre et le cinéma arabes. Elle souligne également l'importance du soft power pour favoriser le rapprochement entre les peuples et son rêve de participer à des coproductions reflétant la richesse et la diversité de l'Afrique, insistant sur le fait que l'art demeure l'un des ponts les plus puissants, capable d'unir les cœurs et de transcender les frontières.

 

L'artiste soudanais évoque les coulisses de la représentation de ce personnage africain.

 

Pour commencer, comment vous êtes-vous préparée psychologiquement et artistiquement à interpréter un personnage africain ? Et quels ont été les principaux défis rencontrés lors de la préparation de ce rôle ?

La première chose que j'ai faite a été de me débarrasser de toute image préconçue du personnage. Les femmes africaines ne sont pas des stéréotypes ; ce sont des êtres humains uniques, avec leurs particularités. Sur le plan artistique, j'ai travaillé le personnage avec réalisme, ainsi que son histoire. Le plus grand défi était de la présenter de manière authentique, sans l'exagérer ni la simplifier à l'excès. Je voulais que l'on voie une femme réelle, pas une simple idée.

Avez-vous étudié la culture, le dialecte ou les coutumes du pays africain ou du personnage que vous avez incarné afin de rendre le rôle réaliste ?

Pour bien préparer un rôle, je me posais des questions essentielles : que mange-t-on ? Comment se sent-on heureux ? Quand est-on triste ? Qu’est-ce qui nous fait peur ? Je lisais aussi beaucoup sur le quotidien des gens à cette époque et dans ce lieu. L’honnêteté se révèle dans les petits détails que l’on néglige parfois.

 

Selon vous, quelle est l'importance de la diversité des personnages africains dans le théâtre et le cinéma égyptiens et arabes ?

C'est très important car nous sommes Africains, l'Égypte fait partie de l'Afrique et nos histoires sont intimement liées. En présentant différents visages africains, nous brisons l'image unique que d'autres ont forgée à notre sujet et nous montrons que l'Afrique ne se résume pas au désert et aux guerres ; elle est faite de villes, d'art, d'amour et d'histoires humaines. Cela nous permet de mieux nous comprendre.

 

Comment percevez-vous l'évolution de la présence des acteurs et des récits africains dans les œuvres artistiques ces dernières années ?

On observe une nette évolution : les producteurs et réalisateurs font preuve d’un courage accru pour confier des rôles principaux à des acteurs noirs et africains, et non plus seulement des rôles de figurants. De plus, les histoires sont devenues plus profondes et plus ancrées dans la réalité. Le chemin est encore long, mais les débuts sont prometteurs, et le Festival du film africain de Louxor représente un grand pas dans la bonne direction.

 

Croyez-vous que l'art puisse être un pont pour favoriser le rapprochement entre les peuples arabes et africains ?

Bien sûr, l'art est notre plus puissant outil de communication. Lorsqu'un Égyptien regarde un film soudanais et est ému aux larmes, ou qu'un Soudanais regarde une série égyptienne et se sent concerné par son histoire, les barrières entre les peuples tombent. L'art nous révèle alors que notre douleur et nos rêves ne font qu'un, et ce lien est difficile à rompre.

 

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Quelles ont été les réactions les plus agréables que vous avez reçues après avoir interprété ce rôle africain ?

Je suis Africaine, et quand une fille de ma région m'envoie un message disant : « Quand je t'ai vue, j'ai eu l'impression de me voir à l'écran et d'exister », cela m'a donné le sentiment que toutes les épreuves traversées avaient un sens. C'était un moment marquant pour moi.

Seriez-vous favorable à une participation à des projets de production conjoints entre l'Égypte et les pays africains dans la période à venir ?

Je suis très heureuse, c'est un véritable rêve. La coproduction représente l'avenir, car elle permet de mêler les expériences et les cultures et d'ouvrir de nouveaux marchés. Je souhaite participer à de nombreux films en collaboration, car il existe entre nous beaucoup d'histoires qui n'ont pas encore été racontées comme il se doit.

Selon vous, que manque-t-il à l'industrie du cinéma ou du théâtre pour présenter l'Afrique de manière plus profonde et plus réaliste ?

Premièrement, écrire exige des auteurs qu'ils se documentent et vivent au contact des populations avant d'écrire à leur sujet. Deuxièmement, le courage de la production implique que le producteur croie en la capacité du récit africain à toucher le public. Troisièmement, les échanges culturels et artistiques sont indispensables ; il convient donc de faire appel à des réalisateurs et des acteurs originaires du cœur de l'Afrique, et non à un Africain qui se contente de mémoriser quelques répliques.

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Existe-t-il des artistes africains ou des écoles d'art dramatique qui vous ont influencé ou dont vous suivez le travail ?

Je suis de près le cinéma sénégalais, notamment l'œuvre d'Ousmane Sembène, considéré comme le père du cinéma africain. J'apprécie également le travail de Geneviève Nnadji, et au Soudan, l'école théâtrale de Tayeb Siddiq m'a influencé dès mon plus jeune âge.

Quel message souhaitez-vous transmettre au public africain à travers cette œuvre ?

Mon message est clair : votre histoire est importante et votre voix doit être entendue. Nous ne sommes pas une simple note de bas de page dans l’histoire du monde. Notre histoire, notre présent et notre avenir méritent d’être racontés par nous-mêmes et avec nos propres mots, et non par ceux de quelqu’un d’autre.

Quel est selon vous le rôle du soft power égyptien dans le soutien des relations culturelles et artistiques avec le continent africain ?

L'Égypte possède une longue tradition d'influence douce, d'Oum Kalthoum à Naguib Mahfouz, et son rôle est aujourd'hui de servir de pont pour la communication. Festivals, subventions, coproductions et accueil d'artistes africains sont autant d'outils essentiels, et lorsque l'Égypte ouvre ses portes, toute l'Afrique est à l'écoute : c'est une grande responsabilité.

Si on vous proposait un nouvel emploi dans un pays africain, quel genre de personnage aimeriez-vous incarner ?

Je souhaite présenter la biographie d'une femme africaine ayant réellement existé et qui a transformé sa société. Qu'elle ait été une combattante, une scientifique, une artiste, ou simplement une mère de famille accomplissant un miracle chez elle, je veux parler de ces actes d'héroïsme quotidiens qui se produisent chaque jour et qui restent tus.

Un message à l'intention des publics africain et égyptien à l'issue du dialogue ?

Au public africain, je suis fier d'être l'un des vôtres, et je vous promets que notre voix restera forte grâce à l'art.
Et pour le public égyptien, nous ne faisons qu'un. Lorsque nous partageons nos histoires, nous grandissons tous. Attendez-vous à la suite, car l'histoire ne fait que commencer. Merci pour votre amour et votre soutien.

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