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Dans une interview exclusive accordée à Zoom Africa News, le ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation a déclaré que l'eau en Afrique est une “ nécessité existentielle ” et que la coopération transfrontalière est un pont vers la paix, et non vers le conflit.

L’Égypte a dépensé 100 millions de dollars pour des projets de développement dans les pays du bassin du Nil.

La sécurité hydrique d'un pays ne peut être assurée au détriment d'un autre... et le droit international est notre point de référence.

La vision égyptienne de la gestion de l'eau en Afrique repose sur un “ partenariat de développement ” plutôt que sur une simple coopération technique.

 90% des eaux de surface africaines sont transfrontalières... et l'action conjointe est le “ destin ” du continent.

Le développement durable ne s'obtient pas par des actions unilatérales, mais par le consensus et l'échange de bénéfices.

L’utilisation équitable et raisonnable de l’eau est la clé de la stabilité et de la prospérité.

 Un plan ambitieux visant à construire des réservoirs d'eau et des centrales solaires en Ouganda, au Rwanda et au Congo.

1780 stagiaires africains ont bénéficié de l'expertise égyptienne... et nous préparons une génération d'“ ambassadeurs de l'eau ”.

L’intelligence artificielle et la numérisation représentent l’avenir de la gestion de l’eau en Afrique… et l’Égypte est prête à partager son expertise.

L’initiative AWARe et la deuxième génération du système d’eau (2.0) : une vision égyptienne pour faire face au changement climatique sur le continent.

Nous cherchons à transformer la coopération dans le domaine de l’eau, en passant de projets bilatéraux à des programmes régionaux qui associent “ l’eau, l’alimentation et l’énergie ”.

Le Dr Hani Sweilem invite les entreprises égyptiennes à saisir les opportunités d'investissement dans les projets d'eau et d'infrastructures en Afrique.

La présidence égyptienne du Mécanisme africain de l'eau ouvre la voie au financement de grands projets de développement.

  “ L’eau que nous gérons bien grâce à la coopération produit de la nourriture et de l’énergie… et le manque de coordination compromet les opportunités de développement. ”.

  “ Le succès d’un projet d’adduction d’eau ne se mesure pas à l’aune de ses infrastructures, mais à sa capacité à changer la vie des citoyens africains. ”.

 Interview réalisée par : Sally Atef  

Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, a affirmé que l'Égypte considère la question de l'eau en Afrique comme un véritable partenariat de développement, et non comme une simple coopération technique ou un échange de visites, ajoutant que le Caire a mis en œuvre des projets de développement dans les pays du bassin du Nil pour un coût dépassant 100 millions de dollars. 

Dans un entretien exclusif avec Zoom Africa News, il a déclaré que les eaux transfrontalières devraient être un outil de coopération et de consolidation de la paix, et non une source de différends et de conflits. Il a expliqué que la Vision de l'eau de l'Afrique 2063 indique qu'environ 901 milliards de tonnes d'eau de surface du continent sont transfrontalières et qu'environ 401 milliards de tonnes de la population africaine dépendent de réserves d'eau souterraine partagées. Cela signifie que la coopération en matière d'eau n'est pas une option pour l'Afrique, mais une nécessité vitale pour son développement.

Il a souligné que la sécurité hydrique d'un pays africain ne devait pas être assurée au détriment d'un autre. La voie à suivre repose sur la coopération, l'échange de bénéfices, le respect du droit international et l'investissement dans la science, l'innovation et la jeunesse.

Le Dr Sweilem a révélé les répercussions du changement climatique, les partenariats de l’Égypte avec ses frères du continent africain, les principaux défis auxquels est confrontée la sécurité de l’eau en Afrique et les efforts déployés par l’Égypte pour renforcer la coopération dans le domaine des ressources en eau et de l’irrigation. 

Et maintenant, voici le texte du dialogue. 

Comment évaluez-vous la position de l'Égypte dans le dossier de la gestion des ressources en eau en Afrique ? Et quelles sont les réalisations les plus marquantes du ministère en matière de renforcement de la coopération avec les pays africains ?

L’Égypte considère les enjeux liés à l’eau en Afrique comme un véritable partenariat de développement, et non comme une simple coopération technique ou un échange de visites. Notre objectif est que les citoyens africains puissent constater concrètement les retombées de ce partenariat grâce à l’accès à l’eau potable, la protection contre les inondations, la création d’emplois dans les secteurs de la pêche, de l’agriculture et de la navigation, ainsi que le développement de compétences nationales capables de gérer efficacement leurs ressources.

 

Le ministère a mis en œuvre des projets de développement dans les pays du bassin du Nil pour un coût supérieur à 100 millions de dollars, notamment des puits et des stations d'eau souterraine alimentés à l'énergie solaire, des ports de plaisance fluviaux, des réservoirs souterrains, des barrages de récupération des eaux de pluie, des centres de prévision des précipitations et des inondations, et des laboratoires d'analyse de la qualité de l'eau.

En Ouganda, le projet égypto-ougandais de lutte contre les plantes aquatiques envahissantes, lancé en 1999, a contribué au nettoyage des cours d'eau et à la revitalisation de la pêche et de la navigation, ainsi qu'à la création de ports de plaisance, de barrages de récupération des eaux de pluie et de fermes piscicoles. Au Soudan du Sud, des projets de nettoyage des cours d'eau, des stations de distribution d'eau potable et des centres de prévision météorologique ont permis de soutenir les communautés locales et de réduire les risques d'inondation.

Sur le plan institutionnel, l’Égypte a présidé le Conseil ministériel africain de l’eau de 2023 à 2025, période durant laquelle elle a œuvré au renforcement de la coopération africaine dans le domaine de l’eau. Elle préside actuellement le Mécanisme africain pour l’eau, témoignant de la confiance des pays africains dans l’expertise égyptienne et sa capacité à conjuguer les dimensions techniques, diplomatiques et financières..

Renforcement des capacités dans les pays africains

L’Égypte accorde une grande importance au renforcement des capacités des pays africains par le biais de la formation et du transfert de savoir-faire. Quels sont les programmes les plus importants actuellement mis en œuvre par le ministère ? Et quel est leur impact sur les relations de l’Égypte avec le continent ?

Nous sommes convaincus que la mise en œuvre d'un projet de développement n'est que le point de départ, et non la finalité, du travail. La pérennité de toute infrastructure hydraulique repose sur la disponibilité d'une main-d'œuvre nationale compétente en matière d'exploitation, d'entretien, de gestion et de développement. C'est pourquoi le renforcement des capacités est un élément fondamental de tous les projets de coopération que l'Égypte met en œuvre avec les pays africains.

Nous souhaitons également promouvoir l'échange d'expériences et de connaissances entre les pays africains, en nous appuyant sur la similitude et l'interdépendance des défis liés à l'eau et au climat auxquels sont confrontés les pays du continent, ce qui nous permet de tirer profit des expériences réussies et de les adapter aux circonstances et aux besoins de chaque pays.

Le ministère met en œuvre des programmes de formation dans les domaines suivants : gestion intégrée des ressources en eau, eaux souterraines, exploitation et entretien des puits, irrigation moderne, télédétection, systèmes d'information géographique, modélisation, prévision des crues, gestion de la sécheresse, sécurité des barrages, diplomatie de l'eau et préparation de projets finançables. 

Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, et Sally Atef, présidente du conseil d'administration et rédactrice en chef de Zoom Africa News.
Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, et Sally Atef, présidente du conseil d'administration et rédactrice en chef de Zoom Africa News.

Le ministère se concentre particulièrement sur la mise en œuvre du système de « formation de formateurs » (TOT), qui contribue à préparer des cadres africains capables de transmettre les connaissances et l’expérience qu’ils ont acquises à un plus grand nombre de spécialistes dans leurs pays, et multiplie l’impact durable des programmes de formation.

Ces programmes sont mis en œuvre par le Centre africain pour l'eau et l'adaptation au climat (PACWA), qui constitue une plateforme intégrée de formation et de renforcement des capacités, et qui est dotée des équipements, technologies et capacités de formation les plus récents, afin de soutenir la mise en place de programmes appliqués spécialisés en fonction des besoins des pays africains.

Les programmes du Ministère ont bénéficié à environ 1 780 stagiaires originaires de pays africains, et de nombreux ingénieurs et techniciens ont bénéficié des programmes de l’Initiative AWARe et du Centre africain pour l’eau et l’adaptation au climat, en plus du lancement du Programme des ambassadeurs africains de l’eau avec la participation de 200 stagiaires provenant de 27 pays africains.

L'impact réel de ces programmes réside dans la mise en place d'un réseau africain d'experts et de spécialistes qui entretiennent des relations professionnelles suivies avec l'Égypte, et dont beaucoup sont devenus par la suite des figures de proue des institutions de gestion de l'eau dans leurs pays, ce qui renforce la confiance, la communication institutionnelle et l'échange d'expériences entre l'Égypte et ses partenaires africains..

Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, et Sally Atef, présidente du conseil d'administration et rédactrice en chef de Zoom Africa News.
Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, et Sally Atef, présidente du conseil d'administration et rédactrice en chef de Zoom Africa News.

Face aux défis croissants posés par le changement climatique, comment les pays africains peuvent-ils renforcer leur coopération pour faire face aux effets de la sécheresse et des inondations et garantir la sécurité hydrique ?

Les effets du changement climatique se font de plus en plus sentir en Afrique : sécheresses plus longues, pluies plus intenses, crues soudaines, décalage des saisons de plantation et dégradation de la qualité de l’eau. Bien que le continent ne contribue que faiblement aux émissions mondiales, il en subit une part importante.

L’objectif est de passer d’une gestion des crises a posteriori à une anticipation et une préparation en amont. Cela implique la mise en place de réseaux régionaux d’alerte précoce, l’échange de données sur les précipitations, les niveaux et les débits d’eau, l’élaboration de cartes des risques d’inondations et de sécheresses, ainsi que la coordination des institutions de gestion de l’eau avec les services météorologiques, agricoles et de protection civile.

Nous disposons d'exemples concrets. L'Égypte a mis en place des centres de prévision des précipitations et des inondations en République démocratique du Congo et au Soudan du Sud. Ces centres, d'une grande précision, ont été salués par les experts de ces pays. L'Égypte a également soutenu la création de stations de mesure et de barrages pour la collecte des eaux de pluie dans plusieurs pays.

Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, et Sally Atef, présidente du conseil d'administration et rédactrice en chef de Zoom Africa News.
Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, et Sally Atef, présidente du conseil d'administration et rédactrice en chef de Zoom Africa News.

Lors de la COP27, la conférence sur le climat, l'Égypte a également lancé l'Initiative d'adaptation et de résilience (AWARe) dans le secteur de l'eau, dans le but de placer l'eau au cœur du programme d'action climatique, de soutenir les pays africains dans le renforcement des capacités et l'alerte précoce, de préparer des projets d'adaptation et d'accéder au financement climatique.

Quelle est votre vision pour promouvoir une gestion conjointe et équitable des fleuves transfrontaliers en Afrique, de manière à parvenir à un développement durable et à éviter de déclencher des conflits liés à l'eau ?

Les ressources en eau transfrontalières devraient être un outil de coopération et de consolidation de la paix, et non une source de discorde et de conflit. La Vision de l’eau pour l’Afrique à l’horizon 2063 indique qu’environ 901 000 milliards de tonnes d’eau de surface du continent sont transfrontalières et qu’environ 401 000 milliards de tonnes de la population africaine dépendent d’aquifères partagés. Par conséquent, la coopération en matière d’eau n’est pas une option pour l’Afrique, mais un impératif vital pour son développement.

La vision du ministère égyptien des Ressources en eau et de l'Irrigation repose sur un engagement à appliquer les règles du droit international régissant la gestion des voies navigables partagées, dont les principales sont l'utilisation équitable et raisonnable des ressources en eau, l'absence de préjudice important, la coopération de bonne foi, l'échange de données et d'informations, ainsi que la notification et la consultation préalables concernant les projets susceptibles d'avoir des effets transfrontaliers. 

les eaux du Nil 

L’utilisation équitable ne signifie pas un partage de l’eau égal et mathématique, mais nécessite la prise en compte d’une série de facteurs, notamment le nombre de personnes qui dépendent de la ressource en eau, les besoins socio-économiques, les usages existants, les conditions climatiques et hydrologiques, et la disponibilité des ressources en eau dans chaque pays, y compris les eaux de surface, les eaux souterraines, les eaux vertes associées aux précipitations et à l’humidité du sol, ainsi que la disponibilité d’alternatives à l’eau et l’impact de tout projet sur les autres pays.

Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, et Sally Atef, présidente du conseil d'administration et rédactrice en chef de Zoom Africa News.
Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, et Sally Atef, présidente du conseil d'administration et rédactrice en chef de Zoom Africa News.

Le ministère constate également la nécessité d'activer des mécanismes de coopération conjointe pour les bassins fluviaux, d'établir des règles claires pour l'échange de données, de réaliser des évaluations environnementales et sociales des grands projets, de gérer les barrages et les installations hydrauliques de manière coordonnée et de créer des mécanismes efficaces de consultation et de règlement des différends.

La Commission technique mixte permanente pour les eaux du Nil entre l'Égypte et le Soudan constitue un modèle réussi de coopération institutionnelle à long terme, assurant la coordination en matière d'exploitation des installations, d'échange de données, de lutte contre les plantes envahissantes, de formation et de renforcement des capacités. Nous soutenons la mise en place de mécanismes similaires dans d'autres bassins africains, tels que l'Organisation du bassin du Congo, l'Organisation du bassin du Zambèze et d'autres organisations performantes en Afrique.

La position de l'Égypte est claire : nous soutenons le droit de tous les pays africains au développement, mais un développement véritable et durable ne s'obtient pas par des actions unilatérales ou en nuisant à autrui, mais plutôt par le consensus, la coopération et la recherche d'un bénéfice mutuel.

 

Le ministère des Ressources en eau et de l'Irrigation travaille-t-il à la mise en œuvre de nouveaux projets avec les pays africains dans les domaines de l'irrigation moderne, des stations de traitement des eaux, de la réutilisation des eaux usées et du dessalement ? Quels sont les projets les plus importants ?

Actuellement, un ensemble croissant de projets nouveaux et proposés est en cours de mise en œuvre et de préparation, identifiés en pleine coordination avec les pays partenaires et conformément à leurs priorités nationales.

En Ouganda, le protocole d'accord signé en 2025 prévoit la construction de cinq réservoirs d'eau, la modernisation de 53 puits d'eau souterraine existants à l'énergie solaire et leur équipement en réseaux de distribution, en plus du forage de 50 nouveaux puits et de la mise en œuvre de programmes de renforcement des capacités.

Au Rwanda, le mémorandum d'entente signé en septembre 2025 prévoit une coopération dans les domaines suivants : protection des bassins versants, forage de puits d'eau souterraine, construction de barrages de collecte des eaux de pluie, formation et échange d'expertise.

En République démocratique du Congo, l'Égypte a achevé la mise en œuvre et l'exploitation de 11 stations de traitement d'eau potable par eau souterraine sur un total de 12, alimentées par l'énergie solaire, et l'application de systèmes d'irrigation modernes est à l'étude dans l'une des fermes modèles.

Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, et Sally Atef, présidente du conseil d'administration et rédactrice en chef de Zoom Africa News.
Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, et Sally Atef, présidente du conseil d'administration et rédactrice en chef de Zoom Africa News.

 

Des projets de développement sont également à l'étude au Kenya, en plus des travaux menés en Tanzanie pour forer 30 puits supplémentaires et construire deux barrages pour collecter l'eau de pluie.

Cela s'ajoute à un certain nombre de protocoles d'accord signés avec des pays africains, dans le but de coopérer et d'échanger des expériences dans divers domaines liés aux ressources en eau et à l'irrigation.

Quant au dessalement, il s'agit d'un domaine prometteur pour la coopération future, notamment en ce qui concerne le dessalement des eaux souterraines saumâtres ou des eaux non conventionnelles à l'aide d'énergies renouvelables, avec la nécessité d'étudier chaque cas en termes de coûts, de besoins énergétiques et de manipulation sûre de l'eau hautement saline résultant du processus de dessalement.

 

Comment le secteur privé égyptien peut-il contribuer à la mise en œuvre de projets d'eau et d'irrigation dans les pays africains ? Existe-t-il des opportunités d'investissement prometteuses dans ce domaine ?

Les opportunités offertes au secteur privé égyptien sont considérables, compte tenu du besoin du continent africain de développer des projets d'approvisionnement en eau, d'irrigation, d'assainissement et de protection contre les inondations.

Les entreprises égyptiennes possèdent une expertise significative dans les domaines de la construction de barrages, des projets d'infrastructure, du forage de puits, de la construction de stations de pompage, des réseaux d'irrigation modernes, de l'utilisation de l'énergie solaire, des usines de traitement et de dessalement, des travaux électromécaniques et des systèmes de contrôle et de surveillance.

Le ministère des Ressources en eau et de l'Irrigation s'efforce d'ouvrir la voie à la présence des entreprises égyptiennes dans les pays africains, notamment ceux du bassin du Nil, par le biais de projets de coopération bilatérale et de projets éligibles à un financement.

L’objectif ne se limite pas à la mise en œuvre d’installations et de projets, mais vise également à établir des partenariats à long terme incluant la formation, la maintenance, la fourniture de pièces détachées et le transfert d’expertise aux acteurs locaux, afin de garantir la pérennité des projets et d’en maximiser les retombées en matière de développement.

La présidence égyptienne actuelle du Mécanisme africain de l'eau offre également une opportunité importante de soutenir la préparation de projets bancables et d'attirer les investissements.

En outre, il existe un mécanisme de financement régional lancé par l'Égypte sous la supervision de l'Agence égyptienne pour le partenariat pour le développement, rattachée au ministère des Affaires étrangères, de l'Immigration et des Affaires des Égyptiens expatriés, doté d'une contribution initiale de 100 millions de dollars, afin d'étudier et de mettre en œuvre des projets de développement prioritaires dans les pays du bassin méridional du Nil, et d'offrir aux entreprises égyptiennes la possibilité de participer grâce à leur expertise dans ce domaine.

Quel rôle peuvent jouer la technologie, la numérisation et l'intelligence artificielle dans l'amélioration de la gestion des ressources en eau sur le continent africain ? L'Égypte dispose-t-elle d'expériences réussies qui pourraient être transposées ?

La technologie est devenue un élément essentiel de la gestion des ressources en eau, notamment compte tenu de l'immensité du continent africain, de la difficulté d'accès à certaines zones et du nombre limité de stations de surveillance dans de nombreux pays.

Les technologies modernes, telles que l'imagerie satellitaire, permettent de surveiller les précipitations, les lacs, les réservoirs, la sécheresse, le couvert végétal, les zones cultivées et les changements d'utilisation des terres.

Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, et Sally Atef, présidente du conseil d'administration et rédactrice en chef de Zoom Africa News.
Le Dr Hani Sweilem, ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, et Sally Atef, présidente du conseil d'administration et rédactrice en chef de Zoom Africa News.

Les drones contribuent également à l'inspection des installations hydrauliques, à la surveillance des empiètements et au suivi des changements dans les voies navigables et les zones côtières.

L'intelligence artificielle, quant à elle, peut analyser d'énormes quantités de données, prédire les risques d'inondations et de sécheresses, déterminer les besoins en eau des cultures, améliorer le fonctionnement des réseaux d'irrigation et surveiller la pollution et la propagation des plantes aquatiques envahissantes.

En Égypte, le ministère met en œuvre le Plan national des ressources en eau 2050 et a lancé la deuxième génération du système d'eau égyptien « 2.0 », qui comprend la transformation numérique, la gestion intelligente de l'eau, la mise en place d'une infrastructure flexible, l'adaptation au changement climatique et le renforcement de la gouvernance et du développement des capacités.

L’Égypte est prête à transférer son expertise aux pays africains frères, en fonction des besoins, de la situation et des priorités nationales de chaque pays.

coopération dans le domaine de l'eau avec les pays africains

 

Quelles sont les priorités de l'Égypte pour la prochaine phase visant à renforcer la coopération dans le domaine de l'eau avec les pays africains, de manière à servir des intérêts communs et à soutenir le développement durable ?

Notre priorité est de mener à bien et de pérenniser les projets et programmes de coopération existants, car la réussite d'un projet ne se mesure pas uniquement au nombre d'installations mises en place, mais aussi à leur capacité à fonctionner efficacement des années après leur réalisation. C'est pourquoi nous accordons une importance particulière à la formation du personnel en matière d'exploitation et de maintenance.

Nos priorités comprennent également le développement de projets stratégiques ayant un impact direct sur les citoyens, tels que les stations de distribution d'eau potable alimentées à l'énergie solaire, les puits d'eau souterraine, les barrages de récupération des eaux de pluie, les projets de protection contre les inondations, les centres d'alerte précoce, l'irrigation moderne et la protection des bassins versants.

Nous continuerons également à soutenir le renforcement des capacités par le biais du Centre africain pour l'eau et l'adaptation au climat, des programmes de formation de formateurs et en aidant les pays africains à préparer des projets bancables.

Nous continuerons à soutenir la coopération au sein des bassins partagés, à maintenir des cadres régionaux inclusifs et à œuvrer pour rétablir l'inclusion et le consensus au sein de l'Initiative du bassin du Nil, seul cadre qui inclut tous les pays du bassin du Nil, en plus de maximiser le rôle des organisations et des instances de bassins fluviaux sur le continent africain.

Nous continuerons également à utiliser la Semaine de l'eau du Caire comme une plateforme africaine et internationale qui rassemble les gouvernements, les experts, les institutions financières et le secteur privé, et qui permet aux pays de présenter leurs besoins et leurs projets, et de nouer des partenariats concrets.

 

Comment envisagez-vous l'avenir de la coopération égypto-africaine dans le secteur de l'eau au cours des dix prochaines années ? Et existe-t-il une vision pour la mise en place de projets régionaux conjoints contribuant à la sécurité alimentaire et hydrique du continent ?

Nous prévoyons que, dans les dix prochaines années, la coopération dans le domaine de l'eau en Afrique passera de projets bilatéraux limités à des programmes régionaux plus intégrés, liant l'eau, l'alimentation, l'énergie et le climat.

Le continent a besoin d'un réseau régional d'alerte précoce plus développé, permettant l'échange de données sur les précipitations, la sécheresse et les inondations. Il a également besoin de programmes conjoints pour une agriculture climato-intelligente, une irrigation moderne, la collecte des eaux de pluie, la réutilisation de l'eau, la recharge des nappes phréatiques et la protection des zones humides et des bassins versants supérieurs.

Par exemple, des programmes régionaux peuvent être mis en place pour relier les barrages de collecte des eaux pluviales aux exploitations agricoles, aux points d'eau potable et aux élevages, offrant ainsi de multiples avantages aux communautés locales. De même, les projets d'irrigation modernes peuvent être associés à des centres de collecte, de stockage et de transformation des récoltes, de sorte que les bénéfices aillent au-delà de l'augmentation de la production et incluent la réduction des pertes, la création d'emplois et l'amélioration des revenus des agriculteurs.

L'importance de mettre en place des plateformes africaines communes pour les données sur l'eau, basées sur les satellites et l'intelligence artificielle, est également soulignée, permettant aux pays de bénéficier d'alertes précoces, de cartes des risques et d'informations utiles à la planification agricole et à la gestion de la sécheresse.

Les projets régionaux doivent être intégrés aux chaînes de valeur alimentaires. L'eau seule ne garantit pas la sécurité alimentaire ; elle doit être associée à une irrigation efficace, à des semences adaptées, à l'énergie, au stockage, au transport, à la transformation et à la commercialisation.

Vision de l'eau en Afrique à l'horizon 2063

L’Afrique a déjà adopté la Vision africaine de l’eau 2063, qui considère l’eau comme un catalyseur pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063, notamment l’éradication de la pauvreté, la réalisation de la sécurité alimentaire, le soutien à l’industrialisation, le renforcement de la résilience face aux changements climatiques et la promotion de l’intégration régionale.

Est-il temps d’élaborer une vision africaine unifiée de la gestion des ressources en eau ? Et quel rôle l’Égypte peut-elle jouer à cet égard ?

Le continent s'est déjà engagé dans cette voie. En février 2026, les dirigeants africains ont adopté la vision et la politique « Eau en Afrique 2063 », qui visent à garantir l'accès à l'eau potable et à des services d'assainissement durables, et à soutenir la réalisation des objectifs de l'Agenda 2063. L'Union africaine a également choisi l'eau et l'assainissement comme thème prioritaire pour 2026, témoignant de l'importance croissante de cette question au niveau politique sur le continent.

Le véritable défi ne réside toutefois pas dans la simple élaboration de documents, mais dans leur transformation en plans et projets concrets, en mécanismes de financement et en indicateurs de performance mesurables, en tenant compte des spécificités de chaque pays africain. Les besoins des pays côtiers diffèrent de ceux des pays enclavés, et ceux des régions arides de ceux des régions tropicales, sans compter les disparités de capacités techniques et financières entre les pays.

L’Égypte peut jouer un rôle important dans la mise en œuvre de cette vision, forte de son expérience à la tête du Conseil des ministres africains de l’eau, de sa présidence actuelle du Mécanisme africain pour l’eau, de l’initiative AWARe, du Centre africain pour l’eau et l’adaptation au climat et de la Semaine de l’eau du Caire.

L’Égypte peut également apporter son soutien dans la préparation de projets bancables, le renforcement des capacités, l’alerte précoce, la gestion des eaux souterraines, l’irrigation moderne, la réutilisation de l’eau, l’utilisation des technologies et la promotion de la diplomatie de l’eau.

La vision commune africaine devrait reposer sur des principes clairs, parmi lesquels l'appropriation africaine, le respect du droit international, la recherche du bénéfice commun, l'échange de données, la participation des femmes, des jeunes et des communautés locales, l'encouragement du secteur privé et le lien entre l'eau et la sécurité alimentaire, l'énergie, la santé et la stabilité. 

Un message aux peuples d'Afrique 

 

Quel message souhaitez-vous transmettre, à travers Africa Water News, aux populations africaines concernant l'importance de la coopération dans le domaine de l'eau ?

Mon message aux peuples d'Afrique est que l'eau n'est pas seulement une ressource naturelle, mais le fondement de la vie, de la santé, de l'alimentation, de l'énergie, du développement et de la stabilité, et que tout investissement dans l'eau est un investissement dans l'humanité et dans l'avenir des générations futures.

Les fleuves, les lacs et les nappes phréatiques qui relient nos pays devraient être des ponts vers la coopération et l'intégration, et non des sources de conflit. Une gestion efficace de l'eau, fondée sur la coopération, permet de produire des aliments et de l'énergie, de créer des emplois et de protéger les populations contre la sécheresse et les inondations. À l'inverse, l'absence de coopération et de partage d'informations accroît les risques et compromet les opportunités de développement.

L'expérience égyptienne en Afrique a démontré que les projets hydrauliques peuvent transformer des communautés. Le forage d'un puits dans un village isolé permet non seulement de fournir de l'eau potable, mais aussi de soulager les femmes et les enfants qui devaient auparavant parcourir de longues distances pour s'en procurer. Le débroussaillage des cours d'eau favorise la reprise de la pêche, de la navigation et du commerce. Enfin, la mise en place d'un système d'alerte précoce permet de protéger les vies et les biens avant les inondations.

La sécurité hydrique d'un pays africain ne doit pas être assurée au détriment d'un autre. La voie à suivre repose sur la coopération, les avantages mutuels, le respect du droit international et l'investissement dans la science, l'innovation et la jeunesse.

L’Égypte continuera de tendre la main à tous ses frères africains afin de bâtir des partenariats fondés sur le respect mutuel et l’intérêt commun. Notre véritable réussite repose sur notre capacité à garantir à chaque citoyen africain l’accès à l’eau potable, à une alimentation suffisante, à un environnement sain et à des chances égales de développement et de prospérité.

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