La Guinée se retire du projet de monnaie unique de la CEDEAO… L“” Eco » subira-t-elle un nouveau revers avant son lancement ?
La CEDEAO persiste à vouloir lancer la monnaie unique en 2027 malgré le premier retrait officiel.

Écrit par : Mohammed Omran
Dans une décision susceptible de redéfinir l'avenir de l'intégration économique en Afrique de l'Ouest, la Guinée a officiellement annoncé son retrait du projet de monnaie unique de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), connu sous le nom d'“ Eco ”, devenant ainsi le premier État membre à déclarer son engagement envers sa monnaie nationale avant la date de lancement prévue de la nouvelle monnaie en juillet 2027.

Cette décision intervient au moment où la CEDEAO intensifie ses préparatifs en vue du lancement de l'union monétaire, après des années de retards dus aux difficultés économiques et aux différences de taux d'inflation, de dette publique et de stabilité financière entre les États membres.
Premier retrait officiel
La décision de Conakry représente le premier retrait déclaré du projet de monnaie unique, les autorités guinéennes ayant confirmé qu’elles continueraient à privilégier le franc guinéen au lieu d’adhérer au système “ Eco ”, une décision qui soulève des questions quant à l’avenir du projet et à la capacité du bloc à maintenir l’unité de ses positions économiques.
La CEDEAO a annoncé le mois dernier qu'elle allait mettre en œuvre le projet par étapes, les pays répondant aux critères de convergence économique y adhérant en premier, suivis ultérieurement par les autres pays.

Pourquoi la Guinée a-t-elle refusé ?
Les experts économiques estiment que cette décision reflète les craintes de la Guinée de perdre le contrôle de sa politique monétaire à un moment où son économie a encore besoin d'outils indépendants pour gérer l'inflation, le taux de change et soutenir la croissance.
Les analystes soulignent que l'économie guinéenne est fortement dépendante des marchés asiatiques, avec environ 801 TP3T d'exportations du pays destinées à l'Asie plutôt qu'aux pays d'Afrique de l'Ouest, ce qui rend les gains attendus de l'adhésion à la monnaie unique moins importants par rapport aux pays dont le commerce est principalement lié aux marchés de la CEDEAO.
L’économiste Mohamed Camara a également averti que l’arrimage du franc guinéen à une monnaie régionale pourrait priver le pays d’une partie de sa capacité à gérer sa politique économique et monétaire de manière indépendante.
Pressions auxquelles est confronté le projet “ Eco »“
Le projet “ Eco ” est l’un des plus importants projets d’intégration économique du continent, puisqu’il vise à créer une monnaie unique pour faciliter le commerce intra-régional, réduire les coûts des transferts financiers et promouvoir les investissements entre les pays d’Afrique de l’Ouest.
Toutefois, depuis sa création, le projet a connu une série de retards dus à l'incapacité de la plupart des États membres à satisfaire aux critères de convergence économique, en plus des défis politiques et sécuritaires que la région a connus ces dernières années.
Et ensuite ?
Les pays de la CEDEAO doivent tenir une nouvelle réunion en décembre prochain pour discuter des questions en suspens, notamment la création de la banque centrale pour la monnaie unique, les mécanismes de prise de décision et la détermination des pays qui commenceront à mettre en œuvre l“” ECO » dans la première phase.

Malgré l’insistance du bloc sur la date de lancement de juillet 2027, le retrait de la Guinée ajoute un nouveau défi au projet et soulève des questions quant à la possibilité pour les pays restants d’y adhérer compte tenu de leurs priorités économiques différentes, et quant à savoir si l“” Eco » deviendra une monnaie unique incluant tous les membres de la CEDEAO, ou s’il débutera par une alliance monétaire limitée incluant les pays les mieux préparés.



