L'exploitation minière illégale. La République démocratique du Congo réussit-elle à la combattre?
Écrit par : Ayman Ragab
Eurasian Resources Group (ERG) estime que les directives émises par le président congolais Félix Tshisekedi pour mettre fin aux activités minières illégales dans les sites industriels représentent une étape potentiellement transformatrice dans une question controversée depuis des années.
Une source au sein de l'administration du groupe en République démocratique du Congo a déclaré : ” Rien n'est plus clair que les directives du chef de l'État au sein du Cabinet “, exprimant l'espoir que ces instructions se traduiraient par des actions concrètes sur le terrain.
Lors d'une réunion du cabinet tenue le 10 juillet 2026, le président Tshisekedi a enjoint aux autorités compétentes de prendre sans délai toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à toute présence militaire illégale sur les sites miniers du pays, selon le compte rendu de la réunion. Il a également insisté sur la nécessité d'imposer des sanctions sévères à toute personne trouvée en présence illégale sur ces sites.

Les directives incluaient les ministres de la Défense, de l'Intérieur, des Mines et de la Justice, ainsi que le chef d'état-major des forces armées de la République démocratique du Congo et le commissaire général de la police nationale congolaise, qui étaient chargés de superviser le “ démantèlement des réseaux de fraude et d'exploitation minière illégale soutenus ou protégés par des hommes en uniforme militaire ”.
Cette décision présidentielle fait suite aux préoccupations exprimées auprès du chef de l'État concernant la poursuite de l'exploitation minière illégale, un problème auquel sont confrontées plusieurs sociétés minières, notamment le groupe ERG, fréquemment mentionné dans la presse spécialisée.
Initiatives précédentes sans résultats tangibles
Depuis 2024, des entreprises affiliées au groupe, dont Comed, Boss Mining, Metalcol et Swainmines, ont été victimes d'incursions répétées de la part de groupes impliqués dans l'exploitation minière illégale. Selon des enquêtes publiées par Africa Intelligence, ces réseaux bénéficient de soutiens au sein des services de sécurité et de relations politiques. Les rapports font également état d'allégations visant des personnalités proches du gouvernement, mais aucune décision de justice n'a encore été rendue pour établir les responsabilités, d'après Bankable.“
Dans une enquête publiée par l'organisation en mai 2026, il a été estimé que ces activités entraînent des pertes de près de deux milliards de dollars américains par an pour le groupe ERG, ainsi qu'une baisse des recettes pour l'État congolais, qui est également touché indirectement par le biais de Gicamin, principal actionnaire de plusieurs entreprises concernées.
Le président Tshisekedi estime que l'occupation illégale de plusieurs sites miniers par des individus en uniforme militaire prive les détenteurs légitimes de droits de mener à bien leurs activités minières, perpétue l'insécurité dans les zones minières, perturbe les chaînes d'approvisionnement et les systèmes de suivi des minéraux, et encourage les actes d'intimidation, d'extorsion et de harcèlement administratif visant les sociétés minières, les agences gouvernementales et les communautés locales.

Malgré les initiatives annoncées ces derniers mois par le ministre de la Justice, Guillaume Ngiva, et le ministre des Mines, Louis Watom Kabamba, la situation n'a connu aucune évolution concrète. Une source au sein du groupe ERG a déclaré à Bankable : “ Tous nos sites restent occupés ”, confirmant ainsi que le groupe attend la mise en œuvre des directives présidentielles.
Un test du climat d'investissement
Ces directives sont importantes non seulement pour remédier à la situation du groupe ERG, mais aussi pour tester la capacité des autorités congolaises à faire respecter l'état de droit et à améliorer le climat des affaires. Un mineur a déclaré : “ Si la directive présidentielle n'est pas appliquée, ce sera un signe inquiétant pour le climat des affaires. ”.
Le procès-verbal du Conseil des ministres confirme que le Président de la République considère comme “ inacceptable de permettre que de telles pratiques portent atteinte à l’autorité de l’État, nuisent à l’image du pays, affaiblissent la crédibilité des réformes observées dans le secteur minier et sapent la confiance des investisseurs et partenaires nationaux et internationaux. ”.

Le document ajoute que le maintien de cette situation “ renforce les perceptions négatives concernant la gestion des ressources naturelles, affaiblit les mécanismes de contrôle, encourage les activités illégales et compromet les efforts du gouvernement pour assurer une exploitation responsable et transparente des ressources conformément aux normes internationales ”.
Pour les sociétés minières, l’enjeu n’est pas seulement de reprendre le contrôle des sites de production, mais aussi de prouver la capacité de l’État à protéger les permis d’exploitation minière, à sécuriser les investissements et à renforcer la crédibilité de la République démocratique du Congo auprès des investisseurs internationaux.



