Énergie : Le plus grand défi auquel sont confrontés les investissements dans les télécommunications en Afrique
Investissements dans les télécommunications en Afrique
Écrit par : Ayman Ragab
Depuis des années, le secteur des télécommunications en Afrique est considéré comme l'un des principaux moteurs de la croissance économique du continent, porté par une demande croissante de services de communication, l'essor des économies mobiles et une population jeune qui adopte rapidement les technologies numériques. Cependant, ce tableau prometteur masque un défi fondamental que les investisseurs et les opérateurs de réseaux ne peuvent ignorer : la crise énergétique.
Avec l'expansion continue des réseaux et la croissance de la consommation de données, la question n'est plus de savoir où investir, mais comment garantir la pérennité et la rentabilité de ces investissements. Dans ce contexte, l'énergie n'est plus une simple nécessité opérationnelle, mais un facteur déterminant de la rentabilité du secteur des télécommunications sur le continent.
La rareté de l'énergie freine l'expansion numérique
Selon l'Agence internationale de l'énergie, quelque 600 millions de personnes en Afrique n'ont toujours pas accès à l'électricité, ce qui fait de ce continent celui qui connaît le plus grand déficit énergétique au monde. Cette situation a des répercussions directes sur le secteur des télécommunications, car les antennes-relais de téléphonie mobile, les infrastructures de fibre optique et les centres de données dépendent d'un approvisionnement en électricité stable et continu.

Le Nigéria constitue l'un des exemples les plus frappants de l'impact de la crise énergétique sur les services de télécommunications. Les fréquentes coupures de courant et la flambée des prix du diesel ont contraint les opérateurs à réduire leurs activités ou à annoncer des risques de perturbations. En 2024, l'Association des opérateurs de télécommunications agréés du Nigéria (ALTON) a alerté sur le fait que la hausse des coûts de l'énergie menaçait la viabilité du réseau national, les opérateurs dépensant chaque mois des milliards de nairas en diesel pour alimenter leurs antennes.
En Afrique du Sud, la crise des coupures de courant a mis en évidence l'interdépendance entre énergie et connectivité. Lors de pannes prolongées, les batteries de secours des antennes-relais de télécommunications s'épuisent, provoquant des interruptions d'appel, une dégradation de la qualité d'internet et une saturation du réseau. MTN Afrique du Sud avait déjà indiqué que les coupures prolongées causaient des dommages importants aux systèmes de batteries, ainsi qu'une augmentation des vols et des actes de vandalisme sur les sites des antennes.
En République démocratique du Congo et dans certaines régions rurales d'Éthiopie, de nombreuses communautés restent exclues des réseaux de télécommunications commerciaux en raison du coût élevé de la mise en place des infrastructures énergétiques par rapport aux revenus escomptés. Dans ces cas-là, les pénuries d'énergie constituent un obstacle direct à la connectivité.
Le déficit énergétique et de développement par rapport aux économies mondiales
Les pays africains ne souffrent pas d'un manque de demande en infrastructures numériques, en énergies renouvelables ou en services de communication, mais le défi réside dans des investissements limités, la faible fiabilité des réseaux électriques, le manque de capacités de production et le manque d'outils de financement nécessaires à la construction d'une économie énergétique moderne.
Les données indiquent que l'Afrique contribue à hauteur d'environ 831 000 milliards de tonnes au déficit mondial d'électricité, tandis que la consommation d'électricité en Europe, en Amérique du Nord et dans la plupart des pays asiatiques dépasse 991 000 milliards de tonnes. Cette situation a des répercussions directes sur la production industrielle, le développement des infrastructures numériques et celui des secteurs énergivores tels que l'intelligence artificielle et l'informatique en nuage.
L'instabilité des réseaux électriques constitue un défi supplémentaire. Selon des enquêtes de la Banque mondiale auprès des entreprises, celles d'Afrique subsaharienne subissent en moyenne 8,5 coupures de courant par mois, contre moins d'une par mois dans les pays de l'OCDE. Dans des pays comme le Nigéria et l'Afrique du Sud, ces coupures prolongées ont contraint les entreprises de télécommunications, les banques, les usines et les centres de données à investir massivement dans des groupes électrogènes diesel de secours, ce qui a entraîné une hausse substantielle de leurs coûts d'exploitation.

Alors que les technologies d’énergie propre devraient représenter pour la première fois plus de 101 000 milliards de yuans de la croissance économique chinoise en 2024, avec des ventes et des investissements totalisant 13 600 milliards de yuans, les niveaux d’investissement dans le secteur énergétique africain restent nettement inférieurs à ceux de leurs homologues mondiaux.
À cela s'ajoute le facteur manufacturier, la Chine contrôlant plus de 801 000 milliards de tonnes de la production mondiale de panneaux solaires et dominant les chaînes d'approvisionnement en batteries, tandis que l'Europe et les États-Unis continuent de promouvoir les industries des technologies propres grâce à des politiques telles que la loi sur la réduction de l'inflation et la loi sur l'industrie à zéro émission.
En ce qui concerne les infrastructures, la longueur des lignes de transport d'électricité en Afrique subsaharienne ne dépasse pas 170 000 kilomètres, ce qui représente l'un des taux les plus faibles par habitant au monde, limitant ainsi le commerce régional de l'énergie et réduisant la capacité des pays riches en énergies renouvelables à exporter efficacement leur production excédentaire.
Ce fossé est particulièrement flagrant dans l'économie numérique, où les géants mondiaux du cloud computing comme Google, Microsoft et Amazon investissent des milliards de dollars dans les centres de données et les infrastructures d'IA. À l'inverse, l'Afrique ne représente actuellement que moins de 11 TPH de la capacité mondiale des centres de données, et l'irrégularité de l'approvisionnement en électricité demeure un obstacle majeur au développement du cloud computing et de l'IA sur le continent.
Malgré ces défis, l'Afrique dispose d'une opportunité exceptionnelle. Contrairement aux économies avancées qui dépendent d'infrastructures centralisées et obsolètes, les pays africains peuvent opérer une transition directe vers des modèles énergétiques décentralisés, fondés sur l'énergie solaire, les batteries et les communications modernes. Le Kenya produit déjà plus de 801 T3 T d'électricité à partir de sources renouvelables, tandis que le Maroc poursuit le développement de l'une des plus grandes centrales solaires au monde grâce au projet Noor Ouarzazate.
Le problème ne réside donc pas dans un manque de ressources ou de capacités, mais dans un financement limité, une industrie manufacturière locale faible et l'absence de coordination à long terme dans les projets d'infrastructure.
L'énergie est en train de passer d'une dépense opérationnelle à un facteur d'investissement.
Le développement du secteur des télécommunications a toujours été lié à d'importants investissements, notamment l'acquisition de fréquences, la construction de tours et la modernisation des réseaux. Cependant, les charges d'exploitation, en particulier les coûts énergétiques, pèsent désormais de plus en plus lourd dans les résultats financiers des entreprises opérant en Afrique.
Sur de nombreux marchés, l'énergie représente une part importante des coûts d'exploitation totaux en raison de la dépendance aux générateurs diesel et de l'instabilité des réseaux électriques. Les fluctuations des prix des carburants, des coûts de transport et des dépenses de maintenance réduisent encore les marges bénéficiaires, modifiant ainsi la valorisation des investissements dans ce secteur.
Le succès du déploiement d'un réseau ne se mesure plus uniquement au nombre d'abonnés ou à la zone de couverture, mais aussi à la capacité des opérateurs à exploiter ces réseaux efficacement et à des coûts soutenables sur le long terme.
Cette situation se reflète clairement dans les plans d'expansion. Les zones urbaines, qui bénéficient d'un approvisionnement en électricité plus stable, reçoivent la plus grande part des investissements, tandis que de nombreuses zones rurales et périurbaines restent exclues de l'expansion malgré une demande prometteuse, en raison des coûts élevés d'exploitation des infrastructures énergétiques.
Face à ces défis, le secteur se tourne vers de nouveaux modèles opérationnels, notamment le modèle “ énergie en tant que service ”, qui permet aux gestionnaires de réseau de faire appel à des fournisseurs spécialisés pour gérer leurs besoins énergétiques. Ce modèle contribue à transformer les coûts énergétiques volatils en dépenses plus stables et prévisibles, améliorant ainsi la planification financière et réduisant la complexité opérationnelle.
Les sociétés de tours de télécommunications étendent également leur rôle pour devenir des fournisseurs de solutions énergétiques, en développant une infrastructure partagée qui dessert simultanément plusieurs opérateurs, ce qui contribue à une efficacité accrue et à une réduction des doublons d'investissements.

À terme, les systèmes énergétiques hybrides permettent de réduire la dépendance au diesel et d'accroître la stabilité des coûts d'exploitation, améliorant ainsi le retour sur investissement. Ces solutions ouvrent également la voie à des modèles économiques pour le déploiement de réseaux dans des zones auparavant considérées comme non rentables, notamment en milieu rural.
Une nouvelle perspective pour les investisseurs
Cette évolution oblige les investisseurs à revoir leurs critères d'évaluation du secteur des télécommunications. Outre les indicateurs de performance traditionnels tels que la croissance du nombre d'abonnés, le revenu moyen par utilisateur et la couverture géographique, l'efficacité énergétique et le niveau d'exposition aux risques énergétiques sont devenus des facteurs clés dans les décisions d'investissement.
Même les projets bénéficiant d'une forte demande peuvent avoir du mal à atteindre leurs objectifs de rentabilité si les coûts de l'énergie sont élevés ou très volatils. À l'inverse, les investissements dans les infrastructures écoénergétiques peuvent générer des rendements plus durables à long terme.
Cela se reflète déjà dans les tendances de financement, avec un intérêt croissant pour les modèles intégrés qui combinent infrastructures de communication et solutions énergétiques, dans le cadre d'une vision plus globale de la durabilité des réseaux.
Bien que le secteur des télécommunications en Afrique demeure parmi les secteurs les plus vitaux au monde, son avenir dépendra non seulement de sa capacité à étendre la connectivité, mais aussi de sa capacité à garantir l'énergie nécessaire à cette expansion.
Aujourd'hui, l'énergie n'est plus un simple élément opérationnel ; elle est devenue un facteur stratégique déterminant l'emplacement, la gestion et la rentabilité des réseaux. Face à ces évolutions, les acteurs qui réussiront sur le marché africain des télécommunications ne seront pas seulement ceux qui connecteront le plus grand nombre d'utilisateurs, mais aussi ceux qui sauront le faire de manière efficace, durable et à grande échelle.



