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Le vice-président du Conseil égyptien pour les affaires africaines a déclaré dans une interview accordée à “ Zoom Africa News ” : « L’Égypte s’investit activement dans la résolution des crises du continent et la promotion de la stabilité. »

L’ambassadeur Salah Halima : Les relations égypto-africaines reposent sur un partenariat stratégique global.

Interview réalisée par Badr Ahmed

Face aux transformations rapides qui s’opèrent sur le continent africain, qu’il s’agisse des conditions sécuritaires et politiques ou de la concurrence internationale croissante pour l’influence et les ressources, l’Égypte continue de renforcer sa présence sur le continent grâce à une vision fondée sur le partenariat stratégique et la coopération conjointe dans divers domaines.

Dans ce contexte, Zoom Africa News a mené une interview avec l'ambassadeur Dr. Salah Halima, vice-président du Conseil égyptien pour les affaires africaines, afin de discuter de la réalité et de l'avenir des relations égypto-africaines, des aspects les plus marquants de l'action égyptienne sur le continent et du rôle du Caire dans la gestion des crises régionales et des défis du développement.

Voici le texte du dialogue...

Pour commencer, comment évaluez-vous le niveau actuel des relations égypto-africaines à la lumière des développements qui se produisent sur le continent ?

Les relations égypto-africaines sont profondément enracinées dans l'histoire, remontant à l'époque des mouvements de libération nationale et d'indépendance sur le continent africain, où l'Égypte a joué un rôle de premier plan et pionnier, notamment sous la présidence de Gamal Abdel Nasser.

L'Égypte fut un centre majeur des mouvements de libération africains, abritant les bureaux de nombreux mouvements nationaux luttant pour l'indépendance. Elle contribua également, aux côtés de plusieurs dirigeants africains fondateurs tels que Kwame Nkrumah, à la création de l'Organisation de l'unité africaine, qui devint par la suite l'Union africaine.

Durant cette période, le rôle égyptien ne se limitait pas à l'aspect politique, mais s'étendait également aux domaines économique et commercial, à travers des institutions telles que la société d'import-export Al-Nasr et d'autres, dans le cadre d'une vision visant à renforcer la coopération et l'unité africaine.

Dans le contexte actuel, et compte tenu des développements régionaux et internationaux qu'a connus le continent, les relations égypto-africaines ont débuté selon une vision différente, fondée sur le concept de “ géopolitique ” et non plus seulement sur la dimension géographique traditionnelle.

Les relations égyptiennes avec les pays africains ne reposent plus uniquement sur l'appartenance géographique au continent, mais plutôt sur une vision stratégique globale qui prend en compte les intérêts communs et les défis régionaux et internationaux, notamment la présence de dix pays arabes sur le continent africain.

Quels sont les principaux aspects de cette vision égyptienne de l'Afrique ?

La vision égyptienne repose sur quatre piliers principaux qui constituent la base du partenariat stratégique avec les pays africains.

L’axe sécurité et militaire, qui se traduit par une coopération dans les domaines de la sécurité et de la défense, de la lutte contre le terrorisme, le crime organisé, la traite des êtres humains et l’immigration clandestine, ainsi que par la prise en charge des personnes déplacées et des réfugiés.

Le rôle de l’Égypte a été clairement évident dans la lutte contre le terrorisme et sa participation aux opérations de maintien de la paix, de même que le rôle important joué par le Centre international du Caire pour la résolution des conflits, le maintien de la paix et la consolidation de la paix, qui est devenu l’un des mécanismes importants de soutien à la stabilité sur le continent.

Sur le plan politique, ces dernières années ont été marquées par une action politique égyptienne active visant à contribuer à la résolution de nombreuses crises africaines, non seulement dans les régions proches de l'Égypte, mais sur l'ensemble du continent.

Cela inclut les développements en Somalie, au Soudan, en Libye, en République démocratique du Congo et dans la région du Sahel en Afrique, notamment à la lumière des changements qu'a connus la région et du déclin de l'influence française dans certains pays francophones.

Dans ce contexte, l’Égypte a cherché à nouer des partenariats nouveaux et équilibrés, tant avec les pays africains qu’avec les puissances internationales concernées par le continent.

La vision égyptienne à cet égard repose sur un ensemble de principes fondamentaux, dont les plus importants sont la préservation de l’unité et de l’intégrité territoriale des États, la sauvegarde des institutions étatiques nationales, la protection des ressources du peuple et la non-ingérence dans les affaires intérieures des États.

L’axe économique : l’Égypte a joué un rôle central dans le soutien aux efforts de développement économique du continent, notamment pendant sa présidence de l’Union africaine en 2019 et par la suite.

Les efforts égyptiens se sont concentrés sur le développement et la modernisation des infrastructures africaines, que ce soit par le biais de projets routiers terrestres, maritimes et fluviaux, d'interconnexions électriques ou de grands projets continentaux tels que la route Le Caire-Le Cap et le projet de liaison du lac Victoria à la mer Méditerranée.

L’Égypte a également soutenu les efforts visant à attirer des investissements dans des projets d’infrastructure, que ce soit par le biais du secteur privé égyptien ou par celui d’institutions financières internationales et de pays donateurs, afin de contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable sur le continent.

Le Caire a toujours insisté sur l'importance d'investir les ressources africaines avant tout au profit des peuples africains, et sur le fait que les relations du continent avec les grandes puissances devraient reposer sur l'équilibre et la réalisation d'intérêts communs.

L’Égypte a également joué un rôle important dans la création et l’activation de la Zone de libre-échange continentale africaine, dans le but de promouvoir le commerce intra-africain et d’accroître le taux d’intégration économique entre les pays du continent.

L’adhésion de plusieurs pays africains au groupe BRICS et la participation de certains pays africains au G20 ont contribué à renforcer la position du continent sur la scène internationale, en plus des conférences et des partenariats qui rapprochent l’Afrique de la Chine, de la Russie, de l’Inde, des États-Unis et d’autres puissances internationales.

Dans le même temps, le continent a vu un intérêt croissant de la part de diverses puissances régionales, telles que l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, la Turquie et l'Iran, qui ont appelé à un rôle égyptien visant à garantir que ces relations soient équilibrées et servent les intérêts des pays africains.

Sur le plan social et du renforcement des capacités, l'Égypte possède une longue tradition de coopération avec les pays africains dans les domaines de l'éducation, de la santé et du renforcement des capacités.

Cela s'est manifesté à travers les différents programmes de formation, les bourses d'études, le soutien au développement des systèmes de santé et les contributions aux efforts de lutte contre la pandémie de coronavirus, ainsi que par l'organisation de forums de jeunes qui ont contribué à préparer et à qualifier de jeunes cadres et dirigeants africains qui assumeront d'importantes responsabilités aujourd'hui et à l'avenir.

Cet aspect représente l'une des sources les plus importantes du soft power égyptien sur le continent africain.

Quel est selon vous le rôle de l'Égypte dans la gestion des crises et des problèmes actuels en Afrique ?

L’Égypte est présente et active sur les différents enjeux et défis auxquels est confronté le continent africain, qu’ils soient liés à la situation en Somalie, au Soudan, en Libye, au Congo ou dans la région du Sahel en Afrique.

Elle accorde également une attention particulière aux questions liées à la sécurité alimentaire, à la sécurité de l'eau, à la sécurité énergétique et au changement climatique.

Dans tous ces domaines, le Caire cherche à soutenir les efforts visant à parvenir à des solutions et à des règlements pacifiques et durables, fondés sur le respect des chartes, lois et accords internationaux pertinents, et de manière à assurer la stabilité et le développement des peuples du continent africain.
Voici bien sûr la version journalistique soignée du dialogue, qui conserve toutes les idées et réponses contenues dans la réponse de l'ambassadeur sans en supprimer aucun élément :

Comment percevez-vous les efforts déployés par l'Éthiopie pour atteindre la mer Rouge, et quelle est la nature des menaces auxquelles l'Égypte est confrontée dans ce domaine ?

Des initiatives menées par un groupe de parties, dont l'Éthiopie et Israël, et peut-être avec le soutien indirect des États-Unis, ainsi que d'autres acteurs régionaux, visent à trouver un nouveau point d'ancrage dans la région de la mer Rouge, en tirant parti de la position stratégique de la région du Somaliland à l'entrée de la mer Rouge et du golfe d'Aden.

La région du Somaliland ne dispose d'aucun statut juridique lui permettant de conclure des accords ou des mémorandums d'entente avec d'autres pays, étant donné qu'elle fait partie de l'État somalien internationalement reconnu. Par conséquent, tout accord signé avec elle est considéré comme une violation du droit international et des principes fondateurs de l'Union africaine, lesquels reposent sur le respect de la souveraineté des États, de leur intégrité territoriale et de leur sécurité régionale.

Ces initiatives, qu'elles viennent du côté éthiopien ou israélien, ont été largement rejetées par les États et organisations régionaux et internationaux concernés, car elles constituent une violation flagrante des règles juridiques internationales.

Israël, de son côté, cherche à renforcer sa présence dans le sud de la mer Rouge, après sa présence dans le nord via le port d'Eilat, considérant que toute tentative de reconnaître le Somaliland comme un État indépendant ou d'établir des accords politiques avec lui n'entraîne aucune conséquence juridique internationale, ce qui explique pourquoi ces démarches n'ont pas reçu une large reconnaissance ou un large soutien international.

La position éthiopienne se heurte également à un problème supplémentaire : l'Éthiopie elle-même comprend des régions qui réclament une autonomie accrue ou la sécession, ce qui rend son adoption de positions encourageant la mise à mal de l'intégrité territoriale d'un autre pays particulièrement problématique.

Quelle est votre évaluation du mémorandum d'entente signé entre l'Éthiopie et le Somaliland ?

Le mémorandum d'entente signé entre les deux parties est juridiquement nul, car l'une d'elles ne possède pas la personnalité juridique internationale requise pour conclure de tels accords. Le gouvernement somalien est en droit d'engager toutes les actions juridiques et politiques nécessaires pour s'opposer à cette mesure. Les États riverains de la mer Rouge sont également en droit de souligner que la responsabilité de la sécurité et de la stabilité de la mer Rouge leur incombe exclusivement.

De plus, les lois et accords internationaux n'accordent à aucun État non côtier le droit d'imposer sa présence ou d'acquérir le statut d'État côtier de la mer Rouge par des arrangements illégaux, ce qui rend ces tentatives inacceptables sur les plans juridique et politique.

On parle d'une volonté de l'Éthiopie d'établir une présence en mer Rouge par la force. Quel est votre avis sur la question ?

L’Éthiopie ne cherche pas seulement à obtenir un accès à la mer par le biais d’accords ou d’ententes sujets à controverse juridique, mais certaines de ses déclarations et positions reflètent une volonté d’imposer cette présence par la force, ce qui se traduit par une escalade des tensions entre elle et l’Érythrée.

Ces développements ont incité les pays de la région à renforcer leur coordination, que ce soit par le biais d'accords de défense conjoints ou de positions politiques unifiées. Il convient de noter que l'Égypte, la Somalie, l'Érythrée et Djibouti adoptent une position claire rejetant toute tentative d'accorder à un État non riverain un statut juridique en mer Rouge en dehors des cadres internationalement reconnus. Cette position se fonde sur les règles du droit international et les chartes régissant la mer Rouge, qui limitent la responsabilité de sa sécurité et de sa stabilité aux pays riverains.

Passons maintenant à la question du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD)... Comment évaluez-vous la position actuelle de l'Éthiopie ?

L'Éthiopie poursuit depuis des années une politique d'imposition d'un fait accompli concernant le barrage de la Renaissance, une approche qui, selon lui, contrevient au droit international ainsi qu'aux accords et chartes régissant les fleuves internationaux. Les mesures unilatérales prises par Addis-Abeba causent de graves préjudices aux pays situés en aval, l'Égypte et le Soudan, et affectent directement leurs intérêts vitaux et leurs besoins en eau.

Le danger que représente le barrage ne se limite pas au risque d'effondrement et aux conséquences catastrophiques qu'il pourrait engendrer pour le Soudan. Il s'étend également aux périodes de sécheresse, aux sécheresses prolongées et aux années de pénurie d'eau, susceptibles de provoquer une grave pénurie et de compromettre la sécurité hydrique et alimentaire de l'Égypte et du Soudan. Cette situation soulève de sérieuses inquiétudes quant au droit des peuples à la vie et au développement, droits protégés par le droit international et la Charte des Nations Unies.

Que pensez-vous des discussions autour des nouveaux projets et barrages éthiopiens sur le Nil Bleu ?

Le Nil Bleu est un fleuve international partagé par les trois pays et ne constitue pas une ressource unilatérale dont le pays situé en amont pourrait disposer seul. Les règles du droit international, notamment les articles 5, 6 et 7 relatifs à l'utilisation des voies navigables internationales, reposent sur les principes d'une répartition équitable et juste de l'eau, de l'absence de préjudice grave pour les autres pays et de la coopération entre les États riverains.

Tout projet futur doit être entrepris dans un cadre de coopération et de consensus, et non par le biais de politiques unilatérales qui mènent à des affrontements et créent des crises.

Quelles voies l'Égypte envisage-t-elle pour résoudre la crise du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) ?

L’Égypte privilégie toujours les solutions pacifiques et légales et s’oriente vers trois voies principales. La première consiste pour l’Éthiopie à se conformer de nouveau au droit international et aux conventions régissant les fleuves internationaux, et à abandonner sa politique d’imposition du fait accompli.

La seconde voie consiste à recourir à une médiation internationale ou régionale susceptible d'influencer la position éthiopienne et de l'obliger à se conformer aux normes juridiques. Il souligne que l'Éthiopie a déjà rejeté des propositions de médiation, bien que l'Accord-cadre et le droit international la reconnaissent comme un mode de règlement des différends.

L’Égypte continue d’insister sur la nécessité de parvenir à un accord juridiquement contraignant, juste et équitable sur le barrage, une demande qui bénéficie d’un large soutien international et régional, et qui est également appuyée par des résolutions et des positions émises par les Nations Unies et le Conseil de sécurité.

La troisième voie consiste à recourir aux Nations Unies et aux mécanismes prévus par sa Charte pour le règlement pacifique des différends, en se référant aux droits garantis par la Charte aux États face aux menaces qui pèsent sur leur sécurité et leur existence.

Qu’en est-il de l’Accord-cadre du bassin du Nil ?

L’Accord-cadre du bassin du Nil présente deux principaux points de désaccord. Le premier concerne le mécanisme de prise de décision : certaines formules proposées reposent sur le principe de la majorité, ce qui risque d’entraîner des décisions préjudiciables aux intérêts des pays situés en aval, sans considération des répercussions pour ces derniers.

La solution réside dans la majorité, y compris l'approbation des pays situés en aval, ou dans des décisions prises à l'unanimité afin de protéger les intérêts de toutes les parties.

Le deuxième point concerne certaines clauses qui, selon lui, contreviennent aux principes du droit international, notamment celles relatives à la nécessité d'une notification préalable de tout nouveau projet sur le fleuve, à la garantie qu'aucun préjudice grave ne soit causé à d'autres pays et à l'utilisation juste et équitable des ressources en eau partagées.

L’Égypte restera attachée au droit international et aux solutions pacifiques, tout en continuant de défendre ses droits sur l’eau et ses intérêts stratégiques dans le cadre de la légitimité internationale et des chartes régissant les relations entre États.

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