Mohammed Mehran, professeur de droit international : Le retrait des pays du Sahel de la Cour pénale internationale est un message politique aux dimensions juridiques, dont les victimes paient le prix | Interview
Le retrait suscite un large débat sur l'avenir de la justice internationale sur le continent africain

Écrit par : Mohammed Omran
Dans le cadre de la montée des tensions entre plusieurs pays du Sahel Et les institutions internationales, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont annoncé le début des procédures de retrait du Tribunal pénal international, une mesure qualifiée de la plus large de son genre sur le continent ces dernières années, et qui s'inscrit dans le cadre de profonds bouleversements politiques et sécuritaires que connaît la région depuis l'arrivée au pouvoir de juntes militaires par des coups d'État successifs.
Le retrait des pays du Sahel de la CPI est un message politique aux dimensions juridiques, dont les victimes en paient le prix
La décision, basée sur des accusations portées contre la Cour d””arbitraire et de politisation", a suscité de vives réactions internationales, amidst warnings of its repercussions on the international criminal justice system, especially in a region suffering from armed conflicts and repeated accusations of violations against civilians.

Le retrait suscite un large débat sur l'avenir de la justice internationale sur le continent africain
Dans ce contexte, le site “ Zoom Africa News ” s'est entretenu avec le Dr Mohamed Mahmoud Mehran, professeur de droit international public et membre de l'American Society of International Law et de l'European Society of International Law, afin de comprendre les dimensions de cette importante évolution juridique et politique, sa signification, son impact sur l'avenir de la justice internationale en Afrique et dans le monde, et s'il représente le début d'une vague plus large de retraits de la Cour pénale internationale.
Voici les détails du dialogue
Comment interpréter la décision du Burkina Faso et du Niger de se retirer de la Cour pénale internationale ?
La décision n'est pas une surprise pour ceux qui suivent le parcours de l'Alliance des États du Sahel depuis 2023. Elle s'inscrit dans une série de séparations successives qui ont touché la CEDEAO, puis les forces françaises, puis les partenaires occidentaux. La Cour pénale internationale est devenue un symbole de la domination occidentale dans l'esprit de ces gouvernements militaires, et non un mécanisme de justice.
Quelles sont les véritables raisons qui ont poussé ces pays à prendre cette décision ?
La raison apparente est la description du tribunal comme un instrument de répression néo-coloniale, mais la véritable raison est que les trois pays font face à des accusations de crimes atroces contre des civils dans leurs guerres contre des groupes armés, documentés par Human Rights Watch, et le retrait ferme la porte à la responsabilisation avant qu'elle ne soit frappée.
Le retrait met-il fin aux enquêtes en cours ?
Non, l'article 127, paragraphe 2 du Statut de Rome stipule explicitement que le retrait n'affecte pas les enquêtes et poursuites judiciaires entamées avant sa prise d'effet, et que le retrait prendra une année complète avant de devenir effectif conformément au même article, bien que les trois pays aient revendiqué un effet immédiat, une position juridiquement contestée.
Quel sera l'impact de cette décision sur les efforts de lutte contre les crimes de guerre ?
Très dangereux, les pays du Sahel sont le théâtre de conflits sanglants permanents, et le retrait prive les victimes potentielles de crimes de leur seul recours judiciaire international et renforce la culture de l'impunité.
Le retrait des trois pays constitue-t-il un coup dur pour le prestige de la Cour pénale internationale ?
Symboliquement oui, et pratiquement limité, la Cour a déjà perdu des membres comme le Burundi, l'Afrique du Sud et les Philippines puis ils sont revenus, mais la coïncidence du retrait avec une position américaine et israélienne hostile affaiblit la Cour à un moment critique.
La décision peut-elle encourager d'autres pays africains à se retirer ?
C'est le plus grand danger : si les trois pays s'en sortent sans conséquences, d'autres pays, en particulier ceux qui font face à des pressions similaires, considéreront différemment leur adhésion à la Cour.
Quel est le Statut de Rome?
C'est un traité international signé en 1998 et entré en vigueur en 2002, qui a créé la Cour pénale internationale pour poursuivre les auteurs de génocide, de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de crime d'agression, et qui compte 125 États membres.
Le reproche fait à la Cour de cibler les pays africains est-il justifié ?
En partie, oui. 90% des enquêtes de la Cour ont visé l'Afrique, mais la vérité est que les renvois provenaient des pays africains eux-mêmes ou du Conseil de sécurité. Le problème réside dans le deux poids deux mesures, et non dans la Cour elle-même.
Existe-t-il des mécanismes juridiques alternatifs ?
Oui, ce sont les tribunaux nationaux, les tribunaux régionaux africains et les enquêtes des Nations Unies, mais ils sont bien plus faibles que la poursuite internationale, et le principe de la compétence universelle peut être activé.
Les trois pays peuvent-ils faire marche arrière à l'avenir ?
Pas dans le cadre des gouvernements militaires actuels, mais toute future transition démocratique pourrait réexaminer cette décision, comme ce fut le cas pour l'Afrique du Sud.



