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Le fléau des modifications constitutionnelles frappe la démocratie en Afrique : des présidents font des contournements pour rester au pouvoir.

Rapport- Ahmed Salem :

De nombreux pays du continent africain ont connu des amendements constitutionnels, visant principalement à prolonger la durée du mandat des présidents dans les pays, ce qui s'est heurté à des objections populaires et à des accusations de dictature à l'encontre des dirigeants pour satisfaire des désirs liés au maintien au pouvoir.

Le phénomène politique a émergé année après année, et un pays après l'autre l'a adopté, jusqu'à ce que les politiques facilitent sa propagation au-delà des frontières, pour rester une fausse justification sur laquelle s'appuient les dirigeants africains pour modifier leurs constitutions et prolonger leurs mandats.

Le phénomène de la modification constitutionnelle et du contournement du droit des peuples représente une épine dans le pied des groupes politiques, en raison de son lien avec les mécanismes politiques et pacifiques de gestion du conflit pour le pouvoir, ce que nous expliquons dans le rapport suivant :

Zimbabwe.. un nouveau départ

Le Zimbabwe est entré dans une nouvelle phase politique après que le président Emmerson Mnangagwa ait signé une loi prorogeant son mandat de deux ans supplémentaires, jusqu'en 2030, une mesure qui a suscité une large attention dans le pays et à l'étranger, d'autant plus qu'elle coïncide avec un amendement constitutionnel qui modifie le mécanisme de sélection du président de la République.

Le porte-parole du gouvernement, Nic Mangwana, a annoncé mardi que le président avait officiellement signé le projet de loi approuvé par le parlement le mois dernier, confirmant via un post sur la plateforme X que la législation avait été signée, scellée et remise, et qu'elle était désormais une loi en vigueur. .

Les chambres du Parlement au Zimbabwe avaient approuvé le projet de loi le mois dernier, avant de le soumettre au Président pour ratification, afin qu'il entre en vigueur après sa publication officielle.

La loi ne se contente pas de prolonger le mandat présidentiel, elle comprend également une modification importante du mécanisme d'élection du président de la République, stipulant que le président sera à l'avenir choisi par le parlement, au lieu de l'élection directe par le suffrage universel, un changement qui remodelerait le système politique et les mécanismes de transmission du pouvoir dans le pays.

Modifications des constitutions africaines

Le Zimbabwe, fut le dernier en date de la liste des amendements constitutionnels, précédé par la Guinée qui a approuvé une nouvelle constitution permettant au président Alpha Condé en 2020 de se présenter pour un nouveau mandat, après que l'on ait considéré que la nouvelle constitution avait réinitialisé le nombre de mandats.

Et la même année, la Côte d'Ivoire s'est dotée d'une nouvelle Constitution que le président Alassane Ouattara a considérée comme une justification pour briguer un troisième mandat, au motif que les mandats précédents ne sont pas pris en compte dans la nouvelle Constitution.

Quant à la Guinée équatoriale, elle a modifié sa constitution en 2011 pour permettre au président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo de rester au pouvoir, malgré l'introduction de restrictions formelles sur le nombre de mandats.

Le Rwanda aussi a adopté la même approche, et a organisé un référendum constitutionnel qui a permis au président Paul Kagame de se présenter pour un nouveau mandat, avec des dispositions transitoires qui lui permettraient de rester au pouvoir jusqu'en 2034 s'il remportait les élections.

Le train des amendements constitutionnels ne s'est pas arrêté là, le Parlement ougandais ayant supprimé la limite d'âge des candidats à la présidence par le biais d'un amendement en 2017, ce qui a permis au président Yoweri Museveni de continuer à se présenter ; la limite de deux mandats avait déjà été supprimée en 2005.

En 2018, le Tchad a adopté une nouvelle constitution qui a renforcé les pouvoirs du président et prolongé la durée du mandat présidentiel de cinq à 6 ans, avec un recomptage des mandats.

En 2019, le Togo a vu le rétablissement d'une limitation à deux mandats, mais sans compter les mandats précédents du président Faure Gnassingbé, ce qui lui a permis de rester au pouvoir plus longtemps.

Modifications constitutionnelles : menaces et controverses

Les amendements constitutionnels dans un certain nombre de pays africains, qui permettent de prolonger la durée des mandats présidentiels, suscitent un large débat quant à leurs répercussions sur la voie de la transition démocratique, dans un contexte de conditions politiques et économiques variables qui poussent certains régimes à adopter ces mesures.

Des analystes politiques estiment que le maintien au pouvoir de certains dirigeants africains par le biais de modifications des lois et des constitutions menace le parcours de rétablissement politique que le continent a commencé à connaître ces dernières années.

Il a déclaré que les peuples africains étaient de plus en plus conscients et désireux d'ancrer les principes de démocratie, de liberté, de justice, de développement et de droits de l'homme, soulignant que tout régime qui ignore la volonté populaire pourrait être confronté à des répercussions politiques imprévisibles.

En revanche, les experts en affaires africaines estiment que le recours de certains présidents à la modification des constitutions pour prolonger leur mandat au pouvoir représente une évolution par rapport aux étapes précédentes qui étaient marquées par le recours à la force et aux coups d'État comme moyen de rester au pouvoir.

Et ils ont souligné que la modification des constitutions, malgré les critiques qu'elle suscite en tant que recul par rapport à la voie démocratique, reste moins coûteuse que les moyens violents dont le continent a été témoin au cours des dernières décennies, et qu'elle reflète une évolution vers des mécanismes politiques et pacifiques dans la gestion de la lutte pour le pouvoir.

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