L’ambassadeur Tamim Khallaf, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a déclaré dans une interview accordée à Zoom Africa News : “ La sécurité de l’eau est une question existentielle pour l’Égypte… et notre approche de l’Afrique repose sur le principe d’équilibre stratégique et de respect de la souveraineté des États. ”
Interview – Sally Atef
La relation de l'Égypte avec l'Afrique est “ existentielle ”, et la sécurité nationale du Caire commence au cœur du continent.
Nous adoptons une stratégie de “ partenariat pour le développement ” en Afrique et rejetons les actions unilatérales.
L’Agenda 2063 de l’Union africaine pour l’eau est “ contraignant ” et protège les droits des pays du bassin.
La souveraineté de la Somalie et l'unité du Soudan sont une ligne rouge... et nous rejetons toute entité parallèle.
Le ministre des Affaires étrangères s'est rendu dans plus de 30 pays africains, accompagné d'investisseurs, afin de promouvoir le commerce intra-africain.
Notre objectif est de localiser l'industrie et de transférer la technologie aux talents africains grâce à des partenariats durables.
L’accueil par le Caire du centre de “ reconstruction ” est l’aboutissement de notre rôle dans la construction de la stabilité du continent.
L'Afrique est au cœur des préoccupations de la politique étrangère égyptienne.
L’Agenda africain pour l’eau 2063 : une victoire pour la diplomatie et le droit international
L’ambassadeur Tamim Khallaf, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a affirmé que les relations égypto-africaines sont stratégiques et directement liées à la sécurité nationale égyptienne. Il a expliqué que ces relations ne se limitent pas à l’aspect politique, mais que les dimensions économiques et commerciales sont désormais au cœur des intérêts du Caire en Afrique.
Dans un entretien accordé à Zoom Africa News, il a ajouté que l'État égyptien poursuit ses efforts soutenus pour approfondir ses liens avec ses partenaires africains grâce à des mécanismes concrets, notamment le mécanisme de financement de projets dans les pays du bassin méridional du Nil, l'Agence égyptienne pour le partenariat et le Centre international du Caire pour la résolution des conflits. Il a également abordé plusieurs questions africaines, en particulier le Soudan, la République démocratique du Congo, la région du Sahel et la Corne de l'Afrique, en expliquant la vision de l'Égypte sur ces sujets. Voici le texte intégral de l'entretien.
Face à la concurrence internationale croissante sur le continent africain, comment le ministère des Affaires étrangères perçoit-il la stratégie de l'Égypte pour maintenir ses relations avec les pays et devenir un partenaire fiable pour les nations africaines ?
Les relations égypto-africaines sont des relations stratégiques directement liées à la sécurité nationale égyptienne. Ces relations ont connu un essor considérable ces deux dernières années, confirmant que la sphère africaine est un axe fondamental de la politique étrangère égyptienne. Elles ne se limitent pas à l'aspect politique ; les dimensions économiques et commerciales sont désormais au cœur de nos intérêts en Afrique. Nous poursuivons nos efforts pour approfondir nos relations avec divers pays et élargir les perspectives de coopération dans différents domaines grâce à de nombreux mécanismes opérationnels, notamment le mécanisme de financement des projets des pays du bassin méridional du Nil, l'Agence égyptienne pour le partenariat pour le développement, le Centre international du Caire pour la résolution des conflits, le maintien et la consolidation de la paix, et l'Agence égyptienne de garantie des exportations et des investissements.

Le projet de barrage et de centrale hydroélectrique Julius Nyerere en Tanzanie est un modèle de partenariat égypto-africain dans le domaine des infrastructures et du développement. L’Égypte a également équipé le Centre cardiaque Dr. Magdi Yacoub au Rwanda et mène des programmes de renforcement des capacités et d’amélioration de l’efficacité des institutions nationales africaines. Par ailleurs, elle continue de défendre les intérêts du continent au sein des instances internationales, notamment en ce qui concerne la réforme du système financier international, la réduction de la dette, la justice climatique et le renforcement de la représentation africaine dans les organes des organisations internationales.
La Corne de l'Afrique connaît une évolution politique et sécuritaire rapide. Quelles sont les principales priorités de l'action égyptienne dans cette région actuellement ?
La vision de l’Égypte concernant la Corne de l’Afrique repose sur la conviction profonde que cette région constitue un prolongement direct de sa sécurité nationale et est étroitement liée à la sécurité de la mer Rouge, du canal de Suez et du commerce mondial. C’est pourquoi nous suivons de près l’évolution rapide de la situation dans la région, face à l’escalade de la concurrence régionale et internationale, et nous œuvrons pour éviter qu’elle ne devienne une source de tensions ou une menace pour la stabilité des pays de la région. La priorité absolue de l’Égypte est de soutenir la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale des pays de la Corne de l’Afrique, de préserver et de soutenir les institutions étatiques nationales, et de rejeter toute mesure unilatérale susceptible d’imposer une nouvelle réalité ou d’encourager les velléités séparatistes. Nous réaffirmons notre soutien indéfectible à l’unité, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Soudan et de la Somalie, ainsi qu’au soutien des institutions étatiques nationales légitimes.
Les priorités de l’Égypte comprennent également la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, le renforcement de la coopération en matière de sécurité et le développement des capacités nationales, ainsi que la contribution aux missions de soutien à la paix, comme en témoigne sa participation à la Mission de l’Union africaine pour soutenir et stabiliser la Somalie. L’Égypte soutient également des projets de développement, d’infrastructures et de connectivité régionale, et a lancé l’initiative Suez et Red Sea Stream, qui offre un cadre intégré de coopération entre les pays de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique, liant la sécurité des voies navigables à la stabilité politique et au développement durable des pays riverains.
Comment évaluez-vous les résultats du retour en force de l'Égypte en Afrique ces dernières années ? Quels sont les dossiers les plus marquants sur lesquels la diplomatie égyptienne a obtenu des succès concrets ?
L'Égypte n'a jamais été absente de l'Afrique, compte tenu de sa situation géographique, de son histoire, de son identité partagée et de ses intérêts communs. Toutefois, ces dernières années ont été marquées par une intensification et un élargissement de sa présence, que ce soit par le biais de visites et d'échanges politiques, de la coopération économique et au développement, ou de son action au sein des institutions de l'Union africaine. La présidence égyptienne de l'Union africaine en 2019 a constitué une étape importante dans cette trajectoire, contribuant à renforcer la capacité de l'Égypte à promouvoir les priorités du continent dans les instances régionales et internationales. Parmi ses réalisations les plus marquantes figure sa contribution active au lancement et à la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), considérée comme l'un des projets stratégiques les plus importants pour l'intégration économique africaine. Par ailleurs, l'Égypte a renforcé le lien entre les enjeux de paix, de sécurité et de développement durant sa présidence du Comité directeur de l'Agence de développement de l'Union africaine (AUDA-NEPAD) et a accueilli plusieurs éditions du Forum d'Assouan pour la paix et le développement durables. L’Égypte a également joué un rôle de premier plan dans la reconstruction et le développement post-conflit, reflétant le leadership du président sur cette question au sein de l’Union africaine et l’accueil par le Caire du Centre de l’Union africaine pour la reconstruction et le développement post-conflit.

La diplomatie égyptienne a également contribué à renforcer la place des questions de paix, de sécurité et de lutte contre le terrorisme dans l'agenda africain, notamment durant la présidence égyptienne du Conseil de paix et de sécurité en octobre 2024 et février 2026, et en soutenant les efforts de résolution pacifique des conflits. Elle a par ailleurs développé la coopération dans les domaines des infrastructures, de l'énergie, de la santé, de l'éducation, de l'agriculture et du renforcement des capacités. Cette présence s'est manifestée clairement lors des multiples crises sanitaires qui ont frappé le continent, à travers la fourniture d'aide médicale et pharmaceutique, l'envoi de convois médicaux et la formation de personnel africain, témoignant ainsi du caractère pragmatique et humanitaire du partenariat égyptien avec l'Afrique.
Face à l’escalade des crises au Soudan, en République démocratique du Congo et dans la région du Sahel, comment l’Égypte concilie-t-elle le soutien à la stabilité et le respect de la souveraineté des États et de la non-ingérence dans leurs affaires intérieures ?
L'approche égyptienne repose sur le principe d'équilibre stratégique, le respect de la souveraineté, de l'unité et de l'intégrité territoriale des États, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures et le soutien aux solutions nationales, à condition que toute initiative régionale ou internationale soit acceptée par les parties nationales et n'entraîne pas une diminution du rôle des institutions étatiques ni l'imposition de règlements extérieurs.
Concernant le Soudan, la position de l'Égypte repose sur le plein respect de la souveraineté, de l'unité et de l'intégrité territoriale du Soudan, et rejette toute entité parallèle susceptible de porter atteinte à l'unité de l'État soudanais ou à la légitimité de ses institutions nationales. L'Égypte affirme avec constance que la préservation et le soutien des institutions nationales constituent la garantie fondamentale du rétablissement de la sécurité et de la stabilité, la priorité étant donnée à l'instauration d'une trêve humanitaire durable qui ouvre la voie à un cessez-le-feu global. Le Caire souligne également que le règlement de la crise doit se faire par le biais d'un processus politique exclusivement soudanais, fondé sur le dialogue national, tout en mettant en garde contre toute ingérence étrangère et en appelant à soutenir les efforts de désescalade des tensions et de mise fin aux souffrances humanitaires du peuple soudanais.
Dans l'est de la République démocratique du Congo, l'Égypte soutient tous les efforts de médiation régionaux et internationaux visant à mettre en œuvre un règlement politique global contribuant à la stabilité de la région des Grands Lacs, en mettant l'accent sur le lien entre la réalisation de la paix et le rétablissement de la stabilité d'une part, et la réalisation du développement et la garantie de sa durabilité d'autre part, dans le cadre d'une approche globale et intégrée qui englobe toutes les dimensions du conflit sur les plans politique, économique et du développement, approche qui revêt la plus haute priorité pour l'Égypte.
Dans la région du Sahel, l'Égypte appelle à adopter une approche globale qui ne se limite pas aux solutions sécuritaires, mais qui inclut le développement, la création d'emplois, le renforcement des institutions étatiques, la lutte contre l'idéologie extrémiste, l'assèchement des sources de financement du terrorisme et le renforcement des capacités des institutions nationales afin qu'elles puissent assumer leurs responsabilités en matière de maintien de la sécurité, d'application de la loi et de fourniture de services essentiels aux citoyens, de manière à renforcer la stabilité et à s'attaquer aux causes profondes des crises.

La sécurité hydrique demeure l'un des dossiers les plus importants de la politique étrangère égyptienne. Dès lors, comment la diplomatie égyptienne gère-t-elle les questions relatives aux fleuves transfrontaliers, et notamment au Nil, au sein des institutions africaines ?
La sécurité hydrique est une question existentielle pour l'Égypte, car le pays dépend du Nil comme principale source d'eau. Les besoins en eau de l'Égypte ne cessent de croître en raison de la croissance démographique et du développement économique et social. Nous avons souligné l'importance de la coopération et de l'intégration dans le bassin du Nil afin de parvenir à un bénéfice commun et de défendre des intérêts mutuels. Nous insistons sur la nécessité de respecter l'esprit de consensus et de fraternité qui règne entre les pays riverains du Nil méridional, de rétablir l'inclusion au sein de l'Initiative du bassin du Nil et de rejeter toute action unilatérale dans ce bassin. Nous saluons les progrès accomplis dans le cadre du processus consultatif visant à rétablir l'inclusion, conformément au droit international, afin de préserver les intérêts de tous les pays du bassin du Nil.
L’approche de l’Égypte vis-à-vis des pays du bassin du Nil repose sur une vision globale de coopération, d’intégration et de réalisation d’avantages mutuels et d’intérêts partagés, dans le plein respect du droit international régissant les cours d’eau internationaux. Cette vision se traduit par la mise en place d’un mécanisme de financement de projets dans les pays du sud du bassin du Nil, soutenant la réalisation de véritables projets de développement répondant aux besoins des populations du bassin. L’Égypte poursuit également ses efforts en faveur du développement des pays africains, notamment par sa coopération au projet de barrage Julius Nyerere en Tanzanie, et renforce sa coopération dans les domaines de la gestion intégrée des ressources en eau, du renforcement des capacités et du transfert d’expertise technique.
L’Égypte a obtenu gain de cause lors du Sommet africain de février 2026, en faisant adopter le document “ Vision et politique de l’eau de l’Union africaine 2063 ”. Ce document contient des principes qui constituent un cadre intégré pour la promotion d’une gestion durable des ressources en eau sur le continent, notamment les principes généraux relatifs à la gestion et à l’utilisation des ressources en eau transfrontalières, principes que l’Égypte a toujours défendus et mis en avant. De plus, son adoption par le Sommet africain confère à ce document un caractère contraignant, auquel aucun pays africain ne peut déroger ni se soustraire.
Le commerce intra-africain reste inférieur aux prévisions. Quel rôle joue le ministère des Affaires étrangères pour soutenir les entreprises égyptiennes et renforcer leur présence sur les marchés africains ?
Le ministère des Affaires étrangères s'efforce de créer un environnement favorable à l'établissement de partenariats et d'ouvrir la voie à la participation du secteur privé, des entreprises égyptiennes et du monde des affaires à la mise en œuvre des plans de développement sur le continent africain, en surveillant les opportunités d'investissement et les appels d'offres disponibles, en fournissant des informations relatives aux lois, aux procédures et aux marchés locaux, et en facilitant l'organisation de missions commerciales, de forums d'affaires et de rencontres directes entre le secteur privé égyptien et ses homologues africains.

Dans ce contexte, le ministre des Affaires étrangères a effectué plus de 30 visites dans des pays africains, accompagné d'hommes d'affaires, d'investisseurs et de représentants du monde des affaires. Des forums d'affaires ont également été organisés afin de promouvoir les échanges commerciaux entre l'Égypte et les pays africains grâce à plusieurs mécanismes opérationnels, notamment le mécanisme de financement des projets des pays du bassin méridional du Nil, l'Agence égyptienne pour le partenariat en faveur du développement, le Centre international du Caire pour la résolution des conflits, le maintien et la consolidation de la paix, ainsi que l'Agence égyptienne pour la garantie des exportations et des investissements.

Les entreprises égyptiennes participent également à la mise en œuvre de projets de développement et d'infrastructures dans plusieurs pays africains. Leur expertise et leur compétitivité leur permettent de contribuer efficacement aux efforts de développement sur le continent africain, notamment dans des secteurs prioritaires tels que les infrastructures, les transports, l'exploitation minière, la construction, l'industrie pharmaceutique, la pêche et la logistique. L'objectif ne se limite pas à l'augmentation du volume des exportations, mais vise également à localiser la production industrielle, à transférer des technologies et à former la main-d'œuvre africaine, contribuant ainsi à un développement durable et mutuellement bénéfique.



