L'Afrique du Sud fait face à un défi de taille... La crise des migrants menace-t-elle le tourisme et l'économie ?
L'escalade des manifestations anti-immigrants suscite des inquiétudes quant aux répercussions sur les investissements.

Écrit par : Mohammed Omran
La crise migratoire en Afrique du Sud n'est plus seulement un problème de sécurité ou politique, mais s'est transformée ces dernières semaines en un problème aux dimensions économiques, touristiques et diplomatiques, après l'escalade des manifestations anti-immigrants dans plusieurs villes, sur fond d'actes d'intimidation visant les étrangers et exigeant leur départ du pays.
Cette situation soulève des questions quant à la capacité de la plus grande économie industrielle du continent à maintenir son image de destination attrayante pour les investissements et le tourisme, au moment même où elle cherche à relancer la croissance économique et à attirer les capitaux étrangers.

Les manifestations s'étendent des rues aux quartiers résidentiels.
Des villes comme Johannesburg, Soweto et Durban ont été le théâtre d'une vague de manifestations menées par des groupes anti-immigration. Les manifestants patrouillaient dans certains quartiers résidentiels à la recherche d'immigrants sans papiers et en livraient certains à la police, tandis que des magasins et des maisons appartenant à des étrangers étaient la cible d'attaques et de menaces.
Ces mesures sont intervenues après un ultimatum fixé par des groupes anti-immigration exigeant que les immigrants sans papiers quittent le pays, tandis que le gouvernement a souligné que l'application des lois sur l'immigration reste la responsabilité des agences d'État, et non des groupes civils ou des individus.
Pourquoi la crise s'aggrave-t-elle ?
Les manifestants établissent un lien entre les taux élevés de chômage et de criminalité et la présence d'immigrants, alors que l'économie sud-africaine souffre d'un ralentissement de la croissance et d'un chômage parmi les plus élevés au monde.
Cependant, des études économiques et des organisations internationales indiquent que le fait de blâmer les immigrants pour la crise économique ne repose pas sur des preuves solides, car les immigrants participent à des secteurs vitaux tels que l'agriculture, la construction, le commerce de détail, les transports et les services, et contribuent de manière significative à l'activité économique.
Pertes économiques potentielles
Les experts préviennent que la poursuite des manifestations pourrait entraîner des perturbations dans des secteurs fortement dépendants de la main-d'œuvre migrante, tels que l'agriculture, la construction, la logistique et les services de livraison, ainsi que dans les petits commerces disséminés dans les quartiers ouvriers.

Selon des estimations antérieures de l'OCDE et de l'OIT, les migrants contribuent à hauteur d'environ 91 000 milliards de dollars au PIB de l'Afrique du Sud, ce qui signifie que toute perturbation généralisée de leur situation aurait des répercussions directes sur l'économie.
Le tourisme sera-t-il affecté ?
Le tourisme est l'un des secteurs importants de l'économie sud-africaine, fournissant des millions d'emplois et contribuant aux recettes en devises étrangères.

Bien que les aéroports, les compagnies aériennes et les destinations touristiques continuent de fonctionner normalement, les experts du tourisme avertissent que la circulation continue d'images de manifestations et de violences pourrait affecter les décisions de voyage, notamment chez les visiteurs des pays africains, et nuire à l'image du pays en tant que destination sûre pour le tourisme et les affaires.
Répercussions diplomatiques croissantes
Les répercussions de la crise se sont étendues au-delà des frontières de l'Afrique du Sud, le Ghana annonçant le report des réunions bilatérales prévues avec Pretoria en raison de l'escalade de la violence contre les migrants.
Plusieurs pays africains ont également rapatrié des centaines de leurs citoyens suite à des préoccupations sécuritaires croissantes, signe que la crise commence à affecter les relations régionales, et pas seulement l'Afrique du Sud intérieure.

Le gouvernement est pris en étau entre des pressions internes et externes.
Le président Cyril Ramaphosa a souligné que la question de l'immigration devait être traitée conformément à la loi, rejetant le recours des groupes civils à ce qu'il a décrit comme ” l'auto-justice ”.
La police a également renforcé sa présence dans plusieurs zones et mené des campagnes pour appréhender les contrevenants, ce qui coïncide avec l'arrestation de centaines de personnes lors des récentes manifestations.
Une crise qui dépasse le simple cadre des migrations
Les analystes estiment que la situation que connaît l'Afrique du Sud reflète une crise plus profonde, liée au chômage élevé, au creusement des inégalités sociales et à une faible croissance économique, bien plus qu'à la seule question de l'immigration.
Les analystes soulignent que la poursuite des manifestations pourrait affaiblir la confiance des investisseurs, affecter le secteur du tourisme et accroître la pression sur l'économie, à moins que le gouvernement ne s'attaque aux causes profondes de la crise économique et sociale parallèlement à la mise en œuvre et à l'application des lois sur l'immigration.



