L’Afrique se réapproprie son héritage judiciaire : la justice restaurative, d’une tradition sociale à un moteur de développement économique
Quand le dialogue devient le fondement de la justice

Écrit par Omnia Hassan
Alors que les pays du monde entier se tournent vers des alternatives efficaces aux procédures judiciaires traditionnelles, l’expérience africaine confirme que ce que l’on appelle aujourd’hui les ” mécanismes de justice alternatifs ” n’est pas nouveau sur le continent africain.
Le dialogue, la réconciliation et le règlement amiable des conflits font partie intégrante de la culture juridique et sociale africaine depuis des décennies, avant de devenir un modèle pour de nombreux pays.
Les responsables et experts africains du système judiciaire estiment que les procédures judiciaires formelles, importées par les systèmes juridiques modernes, ne représentent qu'un aspect du système judiciaire, tandis que la réconciliation et le consensus social demeurent le véritable héritage que les sociétés africaines ont préservé à travers les générations.
Une justice rapide est une pierre angulaire de la croissance et de la prospérité.
L’accès rapide et universel à la justice n’est plus seulement un service social, mais un élément essentiel du soutien à l’économie et de la promotion d’un environnement favorable aux entreprises. Avec l’accélération de l’intégration économique dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le besoin d’institutions d’arbitrage et de règlement des différends capables de traiter le nombre croissant de litiges commerciaux transfrontaliers s’accroît.

Les experts soulignent que le succès du commerce et des investissements dépend largement de l'existence de systèmes efficaces de règlement rapide et efficient des litiges, ce qui maintient la confiance des investisseurs et renforce la stabilité du marché.
Pourquoi la justice est-elle rendue hors du continent ?
Malgré la croissance économique de l’Afrique, la plupart des grandes institutions d’arbitrage international sont encore situées hors du continent, et les Africains représentent moins de 81 % des arbitres professionnels à l’échelle mondiale. Cette situation soulève un défi majeur : la nécessité de bâtir des institutions africaines solides, capables de gérer les litiges commerciaux en tenant compte des spécificités des contextes locaux.
Les appels se multiplient pour que les affaires soient tranchées en Afrique par des institutions juridiques et des experts qui comprennent les contextes économiques, sociaux et culturels du continent, plutôt que de continuer à dépendre de centres extérieurs.
Le Kenya comme modèle d'investissement dans le système judiciaire
Lors du troisième sommet des présidents des cours suprêmes africaines sur le règlement alternatif des différends à Nairobi, le Kenya a passé en revue son expérience en matière de soutien à l'indépendance du pouvoir judiciaire, notamment par l'augmentation continue de son budget.
Ces efforts ont permis la nomination de 92 juges au cours des trois dernières années, ce qui a contribué à réduire d'environ un tiers l'arriéré des affaires devant les tribunaux.
Ces mesures reflètent une tendance africaine croissante à construire un système judiciaire plus efficace et indépendant, capable de suivre le rythme des aspirations économiques et de développement du continent au cours des prochaines décennies.



