L'ancien ministre des Ressources en eau à ”Zoom Africa News” : certaines puissances occidentales contrôlent les décisions de plusieurs pays africains... et la sécurité hydrique est en danger
Le changement climatique exige une coopération accrue entre les pays du bassin du Nil pour protéger les ressources en eau.

Écrit par : Mohammed Omran
Il apprécie Fichier d'eau Le bassin du Nil revêt un grand intérêt, compte tenu de son importance capitale pour les pays riverains en matière de développement, de sécurité alimentaire et de coopération régionale. Face aux défis persistants liés à la gestion des ressources en eau, il est essentiel de renforcer le dialogue et la coordination entre les pays afin de contribuer à la réalisation d'intérêts communs et de soutenir les efforts de développement durable.

Mohamed Nasr El-Din Allam, dans une interview accordée à Zoom Africa News : La sécurité hydrique en Afrique ne pourra être atteinte que par la coopération et le développement conjoint.
Dans ce contexte, Zoom Africa News a contacté le Dr Mohamed Nasr El-Din Allam, ancien ministre égyptien des Ressources en eau et de l'Irrigation, pour discuter de sa vision de la réalité et de l'avenir de la coopération en matière d'eau entre les pays du bassin du Nil, de son évaluation d'un certain nombre de questions liées à la gestion des ressources en eau, des opportunités de renforcer la coopération économique et de développement, de l'impact du changement climatique et de l'importance des projets conjoints pour soutenir la stabilité et réaliser le développement sur le continent africain.
Passons maintenant aux questions du dialogue.

Comment évaluez-vous la situation actuelle de l'eau dans les pays du bassin du Nil à la lumière des changements régionaux et internationaux ?
Malheureusement, certaines puissances occidentales exercent une influence considérable sur les décisions de plusieurs pays africains et du bassin du Nil. Au lieu d'encourager des projets de développement conjoints, tels que l'aménagement des zones humides et marécageuses afin d'accroître le débit du Nil au profit de toutes les nations, elles imposent des restrictions aux subventions et à l'aide, et conditionnent même certains contrats d'armement à la non-réalisation de ces projets. Cela compromet l'avenir de la coopération en matière d'eau dans le bassin.
Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontés les pays du bassin du Nil en matière de gestion des ressources en eau partagées ?
Parmi les défis les plus importants figurent les interventions extérieures qui entravent la mise en œuvre de projets de développement conjoints, comme la récupération des pertes d'eau provenant des étangs et des marais, ainsi que les tentatives d'imposer des visions qui ne tiennent pas compte des intérêts de tous les pays du bassin.
Quel est votre avis sur le déroulement des négociations concernant le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne au cours des dernières années ?
L'Éthiopie a construit un immense barrage sans en informer les pays situés en aval ni mener les études nécessaires pour s'assurer qu'il ne leur porterait pas préjudice. Les grandes puissances n'ont pas pris de position claire pour contraindre l'Éthiopie à respecter le droit international relatif aux cours d'eau partagés. Pire encore, certaines parties ont apporté un soutien financier et militaire à l'Éthiopie, contribuant ainsi à aggraver la crise.
Existe-t-il encore des possibilités de parvenir à un accord juridiquement contraignant sur l'exploitation et la gestion du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne ?
Oui, si les intentions sont sincères et que l'objectif est le bien-être des populations d'Égypte, du Soudan et d'Éthiopie, et non les intérêts de puissances extérieures, alors un accord peut être conclu pour réglementer le remplissage et l'exploitation du barrage de manière à assurer la production continue d'électricité pour l'Éthiopie tout en minimisant les répercussions négatives sur la sécurité hydrique de l'Égypte et du Soudan.
Comment envisagez-vous l'avenir des relations hydriques entre l'Éthiopie et les pays situés en aval, compte tenu de la crise actuelle du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) ?
Le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) pourrait devenir un point important de coopération et de coordination entre l'Éthiopie, l'Égypte et le Soudan si la volonté politique est présente et si l'objectif est de servir les intérêts des trois peuples, et non d'aggraver les différends.
Quelles sont les possibilités de coopération entre les pays du bassin pour assurer la sécurité hydrique et le développement conjoint ?
D’après mon expérience académique et professionnelle, les pays du bassin du Nil n’ont d’avenir que par la coopération et la coordination, le renforcement des échanges commerciaux et des investissements, ainsi que par un développement conjoint. L’Égypte possède une expertise technique et une main-d’œuvre qualifiée, et elle constitue un lien essentiel entre l’Afrique, l’Europe et les États du Golfe.
Comment l'Égypte peut-elle renforcer sa coopération avec les pays du bassin du Nil, indépendamment de la question du barrage ?
Cela peut être réalisé en promouvant le commerce et l'investissement, en tirant parti de l'expertise égyptienne dans divers domaines et en mettant en œuvre des projets de développement conjoints qui servent les intérêts de toutes les parties.
Quel rôle peuvent jouer les projets conjoints dans la réduction des différends entre les pays du bassin ?
Le projet de développement de la navigation sur le Nil entre les pays du plateau équatorial et l'Égypte représente une opportunité importante pour renforcer la connectivité entre les pays du bassin, accroître les échanges commerciaux et les investissements, et ouvrir de nouveaux marchés pour les produits agricoles, promouvant ainsi les intérêts communs et réduisant les risques de conflit.

Comment concilier le droit au développement des pays situés en amont et les droits historiques des pays situés en aval sur les eaux du Nil ?
Si le véritable objectif est de maximiser la production d'électricité au profit du peuple éthiopien, les trois pays peuvent coopérer pour atteindre cet objectif, tout en signant un accord juridique qui réglemente les règles de remplissage et d'exploitation, et qui préserve en même temps la sécurité hydrique de l'Égypte et du Soudan.
Comment voyez-vous l'avenir de l'Initiative du bassin du Nil, et peut-elle être relancée pour servir de cadre global de coopération ?
Bien que l'Initiative du Bassin du Nil repose sur des objectifs de développement et de coopération, les financements extérieurs ont contribué à l'orienter vers un cadre d'accords visant à abolir les droits historiques sur l'eau des pays situés en aval et à empêcher la mise en œuvre de projets destinés à compenser les pertes d'eau. L'idée de prendre des décisions à la majorité simple plutôt que par consensus a également été avancée, ce qui permet d'imposer des décisions qui ne servent pas les intérêts de tous les pays.
Comment renforcer la coopération économique entre l'Égypte, le Soudan et l'Éthiopie ?
Il existe de formidables opportunités de développer le commerce entre les trois pays dans les secteurs de la viande, du café et du blé en provenance d'Éthiopie, ainsi que des produits pharmaceutiques, des textiles et des matériaux de construction en provenance d'Égypte, en plus du développement de l'interconnexion électrique pour la consommation locale et l'exportation.
Comment les changements climatiques ont-ils affecté les ressources en eau du bassin du Nil ?
Le changement climatique représente l'un des défis majeurs pour l'avenir des pays du bassin du Nil, car il affecte les régimes de précipitations et le débit du fleuve. Il est donc essentiel de développer des modèles scientifiques pour prévoir ses impacts sur les ressources en eau, permettant ainsi aux pays du bassin d'élaborer des plans d'adaptation à ces changements.
Comment la croissance démographique dans les pays du bassin du Nil affecte-t-elle l'avenir des ressources en eau ?
La croissance démographique double la pression sur les ressources en eau limitées, notamment en Égypte, qui dépend presque entièrement du Nil, tandis que la part d'eau par habitant chute à des niveaux bien inférieurs au seuil mondial de pauvreté en eau, rendant une gestion saine de l'eau impérative.
Les pays du bassin ont-ils une vision unifiée pour faire face aux défis de la sécheresse et des inondations ?
À l'heure actuelle, il n'existe pas de vision suffisamment unifiée, car les divergences politiques et les ingérences extérieures ont entravé l'élaboration d'une stratégie commune. Il est nécessaire d'instaurer la confiance et une véritable coopération dans la gestion des ressources en eau, de manière à servir les intérêts de tous les pays riverains.
Quelle est l'importance de lier sécurité hydrique et sécurité alimentaire dans les pays du bassin du Nil ?
La sécurité hydrique est le fondement de la sécurité alimentaire, et toute diminution des ressources en eau a un impact direct sur l'agriculture et la production alimentaire. Par conséquent, le maintien du débit du Nil est essentiel au développement et à la sécurité alimentaire des pays du bassin.
Comment les technologies modernes peuvent-elles être utilisées pour rationaliser l'utilisation de l'eau dans les pays du bassin ?
La technologie moderne est un outil essentiel pour améliorer la gestion de l'eau, que ce soit par le développement de systèmes d'irrigation, l'utilisation de modèles numériques pour prévoir les inondations et les sécheresses, ou l'amélioration de l'efficacité de la distribution des ressources en eau et de la prise de décision fondée sur des données scientifiques.
Quel est votre avis sur le rôle des institutions régionales dans la gestion des conflits liés à l'eau entre les pays du bassin du Nil ?
Les institutions régionales peuvent jouer un rôle important si elles restent neutres et se concentrent sur la coopération et la réalisation d'intérêts communs, à l'abri de toute pression ou agenda extérieur susceptible d'influencer leurs décisions.
Quels sont les scénarios les plus probables pour l'avenir de la coopération en matière d'eau dans le bassin au cours des prochaines années ?
L’avenir de la coopération repose sur la capacité des pays du bassin à renouer un dialogue constructif et à parvenir à des accords permettant un développement partagé. La poursuite de politiques unilatérales ne fera qu’exacerber les tensions et complexifier davantage la question de l’eau.
Quels messages les pays du bassin du Nil devraient-ils adresser à la communauté internationale concernant leur soutien aux projets de coopération dans le domaine de l'eau ?
La communauté internationale devrait orienter son soutien vers des projets conjoints visant à accroître les ressources en eau et à favoriser le développement de tous les pays du bassin, plutôt que d'encourager les différends ou de financer des projets qui exacerbent les conflits. Cela rejoint les propos du médecin concernant l'importance des projets axés sur la réduction des pertes d'eau et le développement partagé.
Quelles priorités l'Égypte devrait-elle privilégier lors de la prochaine phase concernant la question du bassin du Nil ?
La priorité devrait être d'élargir la coopération économique et d'investissement avec les pays du bassin, de promouvoir les projets de transport fluvial et d'interconnexion électrique, et de tirer profit de l'expertise égyptienne dans les domaines de l'eau et du développement, tout en continuant à défendre ses droits sur l'eau conformément aux règles du droit international.
Enfin, quelle est votre vision de l'avenir de la sécurité hydrique en Afrique, et quels conseils offrez-vous aux décideurs des pays du bassin du Nil ?
L’avenir de la sécurité hydrique ne pourra être assuré que par la coopération et la coordination, l’accroissement des échanges commerciaux, la mise en œuvre de projets communs et l’évitement des ingérences extérieures, car le développement conjoint est la véritable garantie de la stabilité de la région.



