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L'influence chinoise en Afrique : les échanges en yuans contre des dollars redessinent la carte économique

L'utilisation du yuan en Afrique

Écrit par : Ayman Ragab

La Chine continue de renforcer sa présence économique et financière en Afrique par des mesures rapides visant à étendre l'utilisation de sa monnaie nationale, le yuan, dans le commerce, l'investissement et la finance.

Cela survient alors que le volume des échanges commerciaux chinois libellés en yuans a atteint environ 4 380 milliards de yuans en avril 2026, enregistrant un taux de croissance annuel de 141 030 milliards de yuans, tandis que plusieurs pays africains ont commencé à adopter progressivement la monnaie chinoise dans leurs transactions économiques.

Annulation des droits de douane

Le 1er mai 2026 a marqué une étape importante : la Chine a totalement supprimé les droits de douane sur les importations en provenance de 53 pays africains, à l’exception de l’Eswatini, qui entretient des relations diplomatiques avec Taïwan.

Quelques semaines plus tard, la Banque populaire de Chine annonçait un nouveau train de mesures visant à faciliter l’utilisation internationale du yuan, dans le cadre d’une stratégie intégrée destinée à renforcer l’influence financière de la Chine au-delà de ses frontières.

Maroc : Nouvelles opportunités commerciales et de financement

Le Maroc est l'un des principaux bénéficiaires de la décision chinoise, car il espère réduire son déficit commercial avec Pékin en augmentant ses exportations, notamment de phosphates et de leurs dérivés.

Les exportations du Maroc vers la Chine se sont élevées à environ 980 millions de dollars en 2023, contre des importations dépassant les 6 milliards de dollars.

L’expansion de l’utilisation du yuan ouvre également de nouveaux horizons aux entreprises marocaines, en réduisant leur dépendance au dollar dans les transactions commerciales, et en renforçant l’attractivité du Royaume pour les investissements chinois, notamment dans les secteurs de l’automobile et des véhicules électriques.

Kenya : De l'avocat à la conversion de la dette

Au Kenya, les intérêts commerciaux et financiers sont manifestement liés. Les exportations d'avocats vers la Chine ont connu une croissance remarquable, passant d'environ 20 conteneurs par semaine en 2022 à près de 200 conteneurs actuellement.

Parallèlement, les banques kényanes ont commencé à émettre des lettres de crédit en yuans afin de réduire les coûts de conversion liés au dollar.

Le gouvernement a également converti un certain nombre de prêts chinois destinés à des projets ferroviaires, initialement libellés en dollars, en yuans, ce qui a permis de réduire les charges d'intérêts annuelles de plusieurs centaines de millions de dollars.

Afrique du Sud et Zambie : Le yuan entre dans le système financier

En Afrique du Sud, Standard Bank est devenue la première banque commerciale africaine à se connecter au système de paiements transfrontaliers chinois (CIPS), permettant ainsi la réalisation de transactions d'une valeur de centaines de millions de dollars en quelques mois.

La Zambie, cependant, a franchi une étape plus audacieuse en percevant certains impôts et revenus miniers des entreprises chinoises en yuans, ce qui lui offre un moyen direct de rembourser ses dettes à la Chine sans avoir à passer par le dollar ni à risquer les fluctuations des taux de change.

Nigéria et Togo : outils de diversification commerciale

Au Nigéria, les économistes voient dans l'utilisation du yuan une opportunité de réduire la dépendance excessive au dollar, notamment compte tenu du volume croissant des échanges commerciaux avec la Chine. Les exportations nigérianes ont également bénéficié d'exemptions tarifaires chinoises couvrant une variété de produits agricoles et industriels.

Au Togo, Ecobank pilote les efforts visant à établir des mécanismes de règlement direct entre le yuan et les monnaies africaines locales, en s'appuyant sur sa présence dans plus de 30 pays africains, ce qui pourrait contribuer à accélérer les paiements et à en réduire les coûts.

Stratégie chinoise intégrée

Les initiatives de la Chine ne se limitent pas au commerce, mais comprennent également le développement de nouveaux instruments financiers, tels que le mécanisme de pension FIMA en RMB, qui permet aux banques centrales étrangères d’obtenir des liquidités en monnaie chinoise en échange d’actifs financiers garantis.

Pékin s'efforce également d'étendre l'utilisation du yuan numérique et de renforcer l'infrastructure des paiements transfrontaliers, consolidant ainsi la position de la monnaie chinoise dans le système financier international.

Le yuan est-il en concurrence avec le dollar en Afrique ?

Bien que les responsables et les banques africaines ne proposent pas le yuan comme une alternative directe au dollar, la série cumulative de mesures – allant des exemptions douanières à la conversion de la dette et à la connexion des systèmes bancaires aux réseaux de paiement chinois – indique une évolution progressive de la nature des relations économiques entre la Chine et l'Afrique.

Bien que le dollar conserve sa position dominante, l’expansion continue de l’utilisation du yuan confronte le continent africain à une nouvelle réalité financière qui pourrait inciter les gouvernements, les banques et les entreprises à reconsidérer leurs stratégies monétaires et commerciales dans les années à venir.

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