Les hommes constituent le maillon caché de la propagation du sida, et l'Afrique fait face à une lacune fatale.
Une lacune cachée dans la prévention compromet les efforts de lutte contre le VIH.

Écrit par : Mohammed Omran
Alors que les efforts médicaux s'intensifient dans le sud Afrique Pour lutter contre le VIH grâce à des traitements préventifs de pointe comme le linakapavir, le principal défi demeure en dehors des laboratoires et des cliniques. Si les groupes les plus vulnérables bénéficient de programmes de prévention ciblés, une lacune importante persiste dans le système de santé : un groupe d’hommes, malgré leur rôle crucial dans la transmission du virus, n’a pas facilement accès aux services.
Les hommes constituent le maillon caché de la propagation du sida, et l'Afrique fait face à une lacune fatale.
Cet écart n'est pas seulement lié à un manque de connaissances, mais aussi à la nature mobile du travail, aux schémas sociaux complexes et à la difficulté d'accès aux soins de santé là où ils se trouvent, ce qui rend la lutte contre le virus plus compliquée que la simple fourniture de médicaments efficaces.
La première cargaison de linacabavir, une injection à action prolongée qui protège contre le VIH avec deux doses par an, est arrivée en Afrique du Sud en provenance des États-Unis début avril 2026. Les essais cliniques ont montré une efficacité proche de 100%, et le médicament devrait être déployé en juin 2026, la priorité étant donnée aux adolescentes et aux jeunes femmes, aux femmes enceintes et allaitantes, aux personnes transgenres, aux travailleuses du sexe, aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et aux personnes qui s'injectent des drogues.
Une lacune cachée dans la prévention compromet les efforts de lutte contre le VIH.
Ce sont là les groupes de population prioritaires dans la phase initiale, mais un groupe qui est encore fréquemment négligé est celui des hommes adultes travaillant dans des secteurs mobiles et à prédominance masculine, tels que la construction, qui se déplacent entre les chantiers et le domicile, et entre les relations à long terme et les relations occasionnelles ou rémunérées.
En épidémiologie, cette catégorie est appelée “ catégorie intermédiaire ”, une catégorie dont les réseaux sexuels relient les catégories supérieures et inférieures de transmission du virus.
En 2017, le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) a mis en lumière ce problème dans son rapport intitulé “ Angles morts ”, expliquant que les hommes en Afrique subsaharienne sont moins susceptibles que les femmes de se faire dépister et traiter, et sont plus susceptibles de mourir de maladies liées au sida.
Une méta-analyse de 168 études réalisée en 2022 a également confirmé que les hommes restent le maillon faible de la chaîne de soins de santé contre le VIH et que la situation en Afrique du Sud, qui présente le plus grand nombre d'infections au monde, reste préoccupante, car ils ont des taux de dépistage et de traitement inférieurs à ceux des femmes et des taux de mortalité liés au VIH plus élevés en 27%.
Depuis des décennies, les campagnes de sensibilisation en Afrique du Sud se sont concentrées sur la sensibilisation et ont connu un grand succès ; des études montrent que la plupart des travailleurs sont bien conscients de la manière dont le virus se transmet et du rôle des préservatifs, mais le principal problème est que cette sensibilisation ne se traduit pas toujours par un comportement préventif cohérent.

Depuis 2008, des chercheurs étudient les comportements liés au VIH dans le secteur de la construction en Afrique du Sud, en s'intéressant particulièrement aux aspects psychologiques et sociaux de la maladie. Le secteur de la construction, à l'instar des secteurs des transports et des mines, est un secteur à forte prédominance masculine et caractérisé par une mobilité constante des travailleurs, qui passent de longues périodes loin de leur famille, créant ainsi un contexte complexe pour les relations sociales et sexuelles.
Des études ont montré que l'utilisation du préservatif varie selon le type de relation : elle augmente dans les relations occasionnelles et avec les travailleuses du sexe, tandis qu'elle diminue avec les partenaires stables. Le facteur déterminant n'est pas la connaissance, mais plutôt le sentiment de pouvoir décider et le niveau de conscience des risques.
Les dernières études ont montré que l'attitude des hommes envers les préservatifs et leur conscience de leur capacité à les utiliser étaient plus déterminantes que la simple connaissance de leur utilisation. Ce groupe a souvent recours à la contraception dans les relations instables, mais en réduit l'usage dans les relations stables, alors même que ce comportement augmente le risque de transmission involontaire.

Des études suggèrent que les relations instables, notamment entre les travailleurs migrants et leurs partenaires, contribuent de manière significative à des taux de transmission du virus plus élevés, car le virus peut se propager des relations occasionnelles aux partenaires permanents sans que l'une ou l'autre des parties en soit consciente.
Les facteurs sociaux jouent également un rôle important, car l'utilisation de préservatifs au sein du mariage ou des relations stables peut être associée à des connotations négatives telles que l'infidélité, ce qui rend la négociation à ce sujet difficile et conduit parfois au silence malgré l'existence de risques réels pour la santé.
Des études montrent également que l'écart d'âge entre les jeunes femmes et leurs partenaires plus âgés augmente le risque d'infection, en raison du déséquilibre des pouvoirs et de la difficulté à négocier des mesures de protection.

Dans le cadre de l'introduction du linacavir, les experts soulignent que le succès de tout programme de prévention dépend non seulement des groupes ciblés, mais aussi des groupes qui transmettent l'infection sans être visés directement.
Alors que les politiques se concentrent sur les groupes les plus vulnérables, les hommes travaillant dans les secteurs mobiles restent un maillon invisible de la chaîne de transmission, malgré leur rôle central dans la propagation du virus.
Par conséquent, les chercheurs suggèrent d’étendre les services de prévention aux lieux de travail des hommes, tels que les chantiers de construction et les plateformes de transport, et d’inclure ce groupe dans les stratégies nationales de prévention, comme un élément clé pour briser la chaîne de transmission.
Le rapport conclut que toute stratégie de lutte contre le VIH restera incomplète si elle ne s'attaque pas aux “ chaînes de transmission cachées ” de l'infection, et pas seulement aux groupes les plus visibles dans les plans de santé.



