Des gangs mexicains transforment des fermes sud-africaines en centres de production de drogue.
Les cartels de la drogue mexicains intensifient leurs activités en Afrique du Sud.
Écrit par Ziad Abdel Fattah :
Un tribunal local de la ville minière de Swartrogens, en Afrique du Sud, s'apprête à examiner une demande de mise en liberté sous caution pour cinq ressortissants mexicains accusés d'implication dans l'une des plus importantes affaires de fabrication de drogue du pays. Afrique du SudOu les maintenir en détention.
Ces arrestations ont eu lieu après un raid de la police dans une ferme isolée de la province du Nord-Ouest, où un immense laboratoire de production de méthamphétamine d'une valeur estimée à 1 milliard de rands (environ 60 millions de dollars) a été découvert, ainsi que 481 kilogrammes de drogues, de produits chimiques et d'armes à feu.
Une escalade de la production de médicaments
Cette affaire s'inscrit dans un contexte d'escalade des activités de fabrication de drogue dans les zones rurales d'Afrique du Sud, où cette découverte n'est plus un cas isolé. En seulement deux ans, quatre sites importants liés à des réseaux criminels mexicains ont été démantelés.
En 2024, les autorités ont perquisitionné un important laboratoire près de Groblersdale, dans la province du Limpopo, dont la valeur était estimée entre 105 et 110 millions de dollars. Plus tard dans l'année, un autre laboratoire, d'une valeur pouvant atteindre 6 millions de dollars, a été découvert près de Tshwane, suivi l'année dernière par la saisie d'un site supplémentaire dans le Mpumalanga.
Ces sites présentent des caractéristiques similaires : ils sont tous situés sur des exploitations agricoles isolées, loin des zones urbaines, offrant ainsi une couverture idéale pour les activités illégales, à l'abri des regards des autorités.
Un changement stratégique, passant du trafic de drogue à la fabrication de drogue
Les experts estiment que cette expansion témoigne d'un changement stratégique, passant du trafic de drogue à la production locale sur le continent africain. Julian Radmayer, chercheur spécialisé dans le crime organisé, affirme que ce phénomène représente un “ modèle d'excellence ”, les cartels mexicains envoyant des experts en chimie travailler sur des sites de production offshore, notamment dans les zones rurales.
Les analystes font remonter le début de cette activité en Afrique au Nigéria vers 2016, avant qu'elle ne se propage à l'est du continent, puis vers le sud à travers le Mozambique et le Botswana jusqu'en Afrique du Sud.
La propagation de la méthamphétamine est attribuée au fait qu'il s'agit d'une alternative moins chère et plus addictive que d'autres drogues comme la cocaïne et l'héroïne, ce qui stimule la demande locale.
Cependant, les experts soulignent que la demande n'est pas le seul facteur ; un environnement corrompu joue un rôle déterminant dans la prospérité de ce secteur. L'expert en criminalité Willem Else déclare : “ Les conditions locales, notamment la protection offerte par des éléments corrompus au sein de la police et du monde politique, font de la production locale une activité extrêmement lucrative pour les gangs. ”.
Ces inquiétudes sont renforcées par les témoignages recueillis devant une commission d'enquête officielle, qui ont révélé des soupçons de corruption au sein des forces de l'ordre, notamment des cas de disparition de cargaisons de drogue sous la garde de la police.
Dans ce contexte, l'ancien ambassadeur d'Interpol, Andy Machyll, a souligné que l'existence de tels laboratoires ne pouvait passer inaperçue auprès des autorités de sécurité, insistant sur le fait que la corruption est un facteur majeur dans la poursuite de ces activités.
Cette évolution pose des défis croissants en matière de sécurité aux autorités sud-africaines, le pays se transformant en une plaque tournante régionale de la production de drogues liées aux réseaux criminels internationaux.



