Signature d'un accord historique pour le lancement du gazoduc transatlantique entre le Nigéria et le Maroc

Écrit par : Ayman Ragab
Les chefs d'État de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont signé, le dimanche 19 juillet 2026, un accord approuvant la construction du gazoduc Afrique-Atlantique (AAGP), qui reliera le Nigéria au Maroc en longeant les côtes de treize pays africains. Cette signature témoigne de l'engagement de la CEDEAO envers ce projet structurel et intégrateur.
À Freetown, en Sierra Leone, en marge de la 69e session ordinaire de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), les chefs d'État et de gouvernement de la CEDEAO ont signé un accord intergouvernemental approuvant et établissant un cadre pour la construction d'un gazoduc reliant le Nigéria au Maroc, appelé Gazoduc Atlantique Africain (AAGP).
Cette mesure constitue une étape hautement stratégique pour les pays participant à ce projet structurel, notamment la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la Mauritanie, le Maroc et les pays européens. Elle témoigne clairement de l'engagement de la CEDEAO envers ce projet, qui stimulera sans aucun doute une croissance économique significative dont bénéficiera la population de la région.
Ces accords intergouvernementaux règlent toutes les questions sensibles, notamment la souveraineté sur les portions transfrontalières, le partage des revenus et les responsabilités environnementales… En bref, ces accords définissent la gestion du gazoduc entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Supprimer le dernier obstacle
En signant cet accord, les dirigeants de la région ont levé le dernier obstacle à la création de cette infrastructure énergétique stratégique, et le cadre institutionnel de ce gazoduc sera finalisé par une signature conjointe ultérieure entre le Maroc et la Mauritanie, deux pays qui ne sont pas membres de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), en présence du président nigérian.

Sur la base de cette décision, deux entités seront créées : la Société de Projet, basée à Casablanca (Maroc), qui sera responsable de la structuration financière par la mobilisation d'un mélange de fonds propres, de dettes et de gestion opérationnelle, et l'Autorité de Gestion du Gazoduc (GPA), dont le siège sera à Abuja (Nigeria).
Une fois ces deux entités créées, l'accent sera mis sur la mobilisation des investisseurs et la préparation de la décision finale d'investissement, étant donné que les études techniques, environnementales et d'ingénierie ont déjà été réalisées.
Le projet, dont le coût est estimé à 25 milliards de dollars, est l'un des plus ambitieux d'Afrique. Le recours à une société à vocation spécifique (SPV) facilitera la levée de fonds par le biais de prêts souverains, d'obligations et de partenariats public-privé. Plusieurs partenaires devraient contribuer à son financement, notamment les Émirats arabes unis, la Banque islamique de développement et le Fonds de l'OPEP pour le développement international.
Le gazoduc Afrique-Atlantique (AAGP) traversera 13 pays, pour une longueur totale d'environ 6 900 kilomètres. La section marocaine sera la plus longue, s'étendant sur 2 220 kilomètres, dont 1 830 kilomètres par voie terrestre entre Dakhla et Ouezzane, et 390 kilomètres en mer entre Lagouira et Dakhla.

Afin de profiter à tous les pays traversés par le gazoduc, le projet prévoit des interconnexions progressives entre les différentes nations. Les premiers tronçons relieront le Maroc aux gisements de gaz de Mauritanie et du Sénégal. Un autre tronçon reliera le Ghana à la Côte d'Ivoire. Enfin, un dernier tronçon reliera le Ghana aux gisements de gaz du Nigéria. En choisissant ces tronçons indépendants, les promoteurs du projet prévoient une mise en service graduelle. Les premières livraisons de gaz issues des phases initiales sont prévues pour 2031.
La construction du gazoduc devrait débuter en 2028, les premières livraisons étant prévues pour 2031. Le volume annuel cible de transport du gazoduc est de 31 milliards de mètres cubes de gaz naturel. La moitié de ce volume sera exportée vers le Maroc et l'Europe, tandis que l'autre moitié servira à approvisionner les marchés régionaux pour soutenir la production d'électricité et le secteur manufacturier, selon le360.
Par conséquent, une fois achevé, ce gazoduc contribuera à la sécurité énergétique de la région et constituera un moteur essentiel de la souveraineté, de l’industrialisation et de la prospérité partagée.
Route du gazoduc Afrique-Atlantique
Dans un communiqué conjoint, l’Office national marocain des ressources en hydrocarbures et des mines et la Nigerian National Petroleum Corporation ont déclaré que ce gazoduc ” vise à relier les ressources gazières de l’Afrique de l’Ouest aux principaux centres de consommation régionaux, tout en favorisant l’intégration des marchés énergétiques africains et en créant un nouveau corridor de développement reliant l’Afrique de l’Ouest, les pays du Sahel, le Royaume du Maroc et l’Europe. ”.
Le Nigeria, dont les réserves de gaz sont estimées à 209 billions de pieds cubes, possède les plus importantes réserves d'Afrique et les septièmes au monde. Cependant, ces réserves restent largement inexploitées, car les dirigeants du pays ont jusqu'à présent privilégié la production de pétrole à celle de gaz.
Cependant, les turbulences géopolitiques mondiales sur le marché du gaz, exacerbées par la guerre russo-ukrainienne, ont contraint l'Europe à rechercher de nouvelles sources d'approvisionnement, et le Nigéria entend bien tirer profit de cette situation. Pour le pays le plus peuplé d'Afrique, qui exporte actuellement son gaz sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL), ce gazoduc représenterait un atout majeur, lui permettant d'acheminer des volumes de gaz plus importants de manière plus efficace, plus sûre et plus rentable.

Outre le Nigéria, la Côte d'Ivoire est devenue productrice de gaz grâce aux gisements de Balen et de Callao. Au Sénégal, les gisements de Senghor et de Yakaar-Teranga, dont les réserves récupérables sont estimées respectivement à 70 et 1 400 milliards de mètres cubes, pourraient contribuer à l'approvisionnement du gazoduc Afrique-Atlantique. Il en va de même pour le gisement de Grand Tortue Ahmeyim, situé à la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie, dont la production devrait débuter en 2025. Ses réserves sont estimées à 1 400 milliards de mètres cubes, dont 560 milliards de mètres cubes sont récupérables.
Il convient de noter que le projet de gazoduc a été lancé en 2016 par le roi Mohammed VI lors d'une visite historique à Abuja. Depuis, les équipes du Bureau national des hydrocarbures et de la Nigerian National Petroleum Corporation travaillent sans relâche à la réalisation de ce projet essentiel.



