Un conflit se profile en Afrique du Sud entre les pays d'Afrique du Nord au sujet de l'élection du président du Parlement africain.
Compétition entre quatre candidats

Écrit par Mohamed Salem
Tous les regards sont tournés vers la ville de Midrand, dans le sud. AfriqueLe Parlement panafricain (PAP) tiendra une session extraordinaire entre le 28 et le 30 avril 2026 pour élire un nouveau président et un nouveau bureau qui dirigeront l'institution pour les trois prochaines années, lors d'une élection qui reflète les équilibres délicats au sein de l'Union africaine, la présidence passant à la région nord-africaine selon le principe de rotation entre les cinq régions du continent.
Au cœur de cette course se trouvent quatre noms qui incarnent le poids politique de la région : l’ingénieur Sharif Al-Jabali, originaire de… EgypteLe président de la Commission des affaires africaines à la Chambre des représentants égyptienne et figure de proue des dossiers de coopération économique ; Fatih Boutabik, d’Algérie, l’une des figures actives au sein du Parlement africain ; Lahcen Haddad, du Maroc, ancien ministre du Tourisme de 2013 à 2016, qui a ensuite poursuivi son engagement parlementaire et diplomatique ; et Youssef Al-Fakhri, de Libye, officiellement soutenu par la Chambre des représentants libyenne dans le cadre des efforts déployés par son pays pour retrouver sa place au sein des institutions continentales.
Malgré le nombre de candidats, le règlement parlementaire limite l'impact de la concurrence, la région Afrique du Nord n'étant tenue de présenter qu'un seul candidat en séance plénière. Cette question est tranchée au sein du “ Cox ” (Conseil d'experts) régional, où se déroulent des consultations approfondies, ou par un vote interne en cas d'absence de consensus. Ainsi, le processus décisionnel, plutôt que l'hémicycle, constitue le véritable lieu d'exercice du pouvoir.
Ce mécanisme rappelle les élections de 2024, lorsque la Province du Sud, incapable de désigner un candidat unique, a procédé à un vote interne entre les candidats du Zimbabwe et de la Zambie. Le candidat zimbabwéen a ainsi été désigné, présenté comme candidat unique et élu sans véritable concurrence. Ce modèle reflète une pratique établie, où la séance plénière se réduit à une simple formalité de ratification d'un résultat prédéterminé au sein de la province.

Élection du nouveau président du Parlement africain
Le nouveau président succédera à Fortune Charombera, qui a dirigé le parlement en tant que représentant de la région Sud jusqu'en février 2026, à un moment charnière où le parlement cherche à consolider sa position au sein du système fédéral et à renforcer sa présence politique.
Le Parlement panafricain est composé de membres élus par les parlements nationaux, à raison de cinq représentants par pays. Chaque délégation doit inclure au moins une femme, garantissant ainsi la représentation féminine, sauf aux postes de direction. Tous les candidats à la présidence sont déjà membres de leur parlement national respectif, ayant rempli les conditions légales et prêté serment.
Le Bureau du Parlement panafricain est composé d'un président et de quatre vice-présidents représentant les cinq régions. La région élue à la présidence ne peut prétendre à la vice-présidence lors de la même session. Les quatre vice-présidents sont désignés par accord au sein de leurs régions respectives ou par un vote interne, avant d'être approuvés en séance plénière.
Parallèlement aux blocs régionaux, le “ Caucus des femmes ” se distingue comme un groupe de députées œuvrant à renforcer la présence des femmes et à accroître leur représentation aux postes de décision. Cependant, son influence demeure davantage politique que juridique, car il n'a pas le pouvoir d'imposer des candidats ni de déterminer les résultats des élections.
Les indicateurs actuels ne font pas état d'une tendance organisée au sein de la région nord à présenter une candidate à la présidence, et le processus électoral n'est soumis à aucun principe imposant une alternance entre un homme et une femme à la présidence ou à la vice-présidence, comme c'est le cas pour l'élection du président de la Commission de l'Union africaine, de son vice-président et de six commissaires, les critères régissant les élections du Parlement africain restant fondés sur des équilibres régionaux et des accords politiques.
Le Parlement panafricain a été créé en 2004 en tant qu'organe de l'Union africaine. Il a pour mission de représenter les peuples du continent et de promouvoir l'intégration politique et économique. Le Parlement tient deux sessions ordinaires par an, ainsi que des sessions extraordinaires en cas de besoin. Son siège permanent se trouve à Midrand, en Afrique du Sud, où se déroulent également les votes officiels. Bien qu'existant depuis plus de vingt ans, le Parlement conserve des pouvoirs consultatifs et de contrôle, dans l'attente de l'activation du Protocole de Malabo, qui vise à lui conférer la pleine autorité législative. Ce processus se heurte à des difficultés liées à la lenteur de la ratification par les États membres, ainsi qu'à la sensibilité du transfert de certaines compétences souveraines des parlements nationaux au Parlement panafricain à l'échelle continentale.

Élections à la présidence du Parlement africain
Dans ce contexte, l'élection à la présidence du Parlement panafricain apparaît comme bien plus qu'une simple formalité procédurale ; elle met à l'épreuve la capacité de la région nord-africaine à forger un consensus politique reflétant ses dynamiques de pouvoir internes. Alors que Midrand s'apprête à accueillir le scrutin, la question demeure : l'issue de cette élection sera-t-elle décidée par un accord rapide entre les États nord-africains, ou des intérêts divergents nécessiteront-ils un second tour qui redessinera la carte des influences régionales ? Le vote à Midrand, cependant, n'est pour l'instant qu'une formalité, son résultat étant déjà manœuvré en coulisses avant même d'être officiellement confirmé lors de la session inaugurale du Parlement panafricain.



