Namira Najm : Le monde a ignoré l'une des pires catastrophes de notre époque au Soudan.
Une crise touche 10 millions de Soudanais déplacés.

L'ambassadrice Namira Najm, experte en droit international et en migration, a déclaré que la crise dans Soudan Elle a révélé ce qu'elle a décrit comme une ” sélectivité manifeste ” dans l'application des normes du droit international, critiquant le mépris de la communauté internationale pour l'aspect humanitaire de la crise, qui est l'une des pires crises que l'humanité ait connues à l'époque moderne.
Dix millions de Soudanais déplacés sont confrontés à une crise d'identité et de propriété après la guerre.
Lors de sa participation à un épisode d'EJIL : The Podcast of the European Journal of International Law, intitulé “ Le droit international peut-il dire quelque chose sur le Soudan ? ”, elle a ajouté que ce qui se passe au Soudan “ n'est pas seulement une tragédie humanitaire, mais des violations graves et systématiques du droit international humanitaire ”, ce qui exige la conclusion d'un accord de paix, puis la traduction en justice des responsables des crimes commis contre le peuple soudanais.

Najm estime que le conflit au Soudan est juridiquement classé comme un “ conflit armé non international ”, malgré l'implication de parties extérieures qui fournissent des armes et des mercenaires pour alimenter le conflit et aggraver la catastrophe humanitaire qui frappe les civils.
Critique sérieuse
Elle a expliqué que le droit international ne traite pas directement et efficacement des guerres par procuration pour punir les États qui interviennent dans les conflits internes d'une manière qui conduit à de graves violations du droit international humanitaire, tout en soulignant que les règles du droit international obligent tous les États à ne fournir à aucune partie belligérante des armes susceptibles d'être utilisées pour commettre des crimes contre l'humanité.
Elle a ajouté que ce problème exige désormais un examen sérieux après ce qui s'est passé au Soudan et à Gaza, expliquant que la communauté internationale se concentre souvent sur la responsabilisation des parties directement impliquées dans le conflit, tout en ignorant les parties qui les ont soutenues et aidées à atteindre leurs intérêts, alors même qu'elle savait que des civils étaient pris pour cible et que les règles de droit étaient violées.

Concernant l’acheminement de l’aide humanitaire, l’ambassadeur a souligné qu’aucune partie belligérante n’a le droit d’empêcher, sous quelque prétexte que ce soit, l’acheminement de nourriture et de médicaments à des millions de civils, car le droit international criminalise le recours à la famine comme arme de guerre.
Elle a ajouté que la guerre au Soudan a provoqué une crise de déplacements internes sans précédent, le nombre de personnes déplacées et de réfugiés se situant entre 10 et 12 millions, dont plus de 9 millions de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. Elle a souligné qu'un grand nombre d'entre elles auront des difficultés à prouver leur identité et leurs droits de propriété, en particulier celles dont les maisons ont été incendiées ou détruites et qui sont parties sans documents officiels attestant de leur identité ou de la propriété de leurs terres et de leurs maisons.
La priorité est d'instaurer la paix.
Elle a souligné que ces problèmes devaient être réglés dès maintenant, afin d'éviter une nouvelle escalade des conflits lorsque la population retournera dans ses villages et ses régions d'origine.
Najm a souligné que la priorité devait être d'instaurer la paix et la stabilité, puis de s'engager sur la voie de la justice pénale sans accorder à aucune partie l'immunité de rendre des comptes.
Elle a fait remarquer que, selon les règles du droit international, la compétence de la Cour internationale de Justice dans l'affaire du Darfour ne peut être étendue aux crimes commis actuellement dans tout le Soudan.
Elle a ajouté que, concrètement, la véritable volonté du peuple soudanais quant à la forme de justice qu'il souhaite – que ce soit par le biais de tribunaux mixtes ou hybrides, ou par des mécanismes coutumiers – ne pourra être vérifiée qu'une fois la paix et la stabilité instaurées, des élections organisées, puis un référendum populaire mené sur cette question. Autrement, une minorité décidera au nom de tout un peuple, ce qui est difficilement acceptable si l'objectif est d'atteindre une véritable stabilité au Soudan.
Ont participé à la discussion à ses côtés Khulood Khair, directeur de Confluence Advisory, qui a abordé les répercussions du conflit sur la structure de l'État soudanais, et Muhannad Al-Nour, un éminent avocat soudanais des droits de l'homme et membre du barreau du Darfour, spécialisé en droit pénal international et en droits de l'homme, qui travaille depuis des années à documenter les violations et à défendre les détenus politiques et les militants au Soudan.
La discussion était animée par la professeure Sarah Nouwen, professeure de droit international à l'Institut universitaire européen (IUE) de Florence, membre de l'Université de Cambridge et auteure de l'ouvrage de référence “ La complémentarité sous le feu ennemi : la Cour pénale internationale au Soudan et en Ouganda ”. Spécialiste du Soudan, elle a consacré des années à étudier l'interaction entre le droit international et les réalités politiques sur le terrain au Soudan.
EJIL : Le podcast, plateforme de la Revue européenne de droit international, est l’un des principaux forums spécialisés en droit international. Il propose des discussions alliant analyse théorique et application pratique, et éclaire les enjeux internationaux d’un point de vue juridique approfondi, faisant de cet épisode une référence essentielle pour comprendre les dimensions de la crise soudanaise dans le contexte international.



