Elle a vécu plus d'un siècle… L'histoire de “ l'Oum Kalthoum africaine ”, qui chantait sans micro.
Une voix exceptionnelle devenue légendaire en Tanzanie

Au cœur de l'Afrique de l'Est, dans les ruelles des villes côtières tanzaniennes, une voix exceptionnelle a émergé, donnant naissance à une légende artistique qui a transcendé les frontières géographiques et linguistiques. Il s'agit de la chanteuse tanzanienne Bi Kidude, surnommée « la Oum Kalthoum de l'Afrique », dont le nom est associé à un chant folklorique profond, à une voix unique et à une présence humaine qui ont fait d'elle une icône culturelle du continent africain.
Sa renommée n'était pas artificielle, mais le fruit d'un talent pur. Son vrai nom est Fatima Bint Baraka, mais elle était connue sous le nom d'artiste de Bi Kidodi, un nom devenu synonyme de musique authentique en Afrique.
Naissance et éducation : une voix qui émerge de l'enfance
Bi Kidude est née entre 1910 et 1920 en Tanzanie. Elle a grandi sur la côte, au cœur d'un environnement marqué par les échanges culturels et commerciaux avec le monde arabe. Dès l'âge de dix ans, elle se découvre une passion pour le chant et se produit pour les visiteurs arabes lors de leurs voyages d'affaires, tissant ainsi un lien précoce entre elle et la langue arabe et la musique orientale.

Ce milieu diversifié a façonné sa conscience artistique, ce qui lui a permis de maîtriser l'arabe et, plus tard, d'interpréter des œuvres de grandes icônes de la musique arabe telles que Mohamed Abdel Wahab et Oum Kalthoum, renforçant ainsi à juste titre son célèbre titre d'« Oum Kalthoum d'Afrique ».
« Je chante pour le plaisir de chanter » est une philosophie artistique rare.
Bi Kidude disait toujours : « Je chante, je n’ai pas besoin de micro… Je chante pour le plaisir de chanter. » Chanter n’était pas pour elle un moyen d’accéder à la gloire ou à la fortune, mais une véritable vocation. Son producteur, surnommé « Show Show », affirmait que si elle avait vécu ailleurs qu’en Tanzanie, elle serait devenue millionnaire grâce à sa voix, mais elle a choisi de rester en Afrique, de chanter pour son peuple et son continent.
Elle était célèbre pour sa voix remarquable même à un âge très avancé, et elle était capable d'emplir l'espace de sa seule présence sans aucun moyen d'amplification sonore, ce qui lui conférait un statut exceptionnel parmi les chanteuses du continent.
« La Petite Grand-mère » est avant tout un être humain, avant d'être une artiste.
Le surnom de « Petite Grand-mère » qui lui est resté n'était pas seulement une description de son humour ou de son esprit joyeux, mais résultait de son grand amour pour les orphelins et de son souci pour la communauté qui l'entourait.
Proche du peuple, simple et vivant parmi lui sans barrières, elle gagna l'affection de son public. Surnommée la « Reine du Tarab », son nom devint indissociable de la musique Onyago, un genre musical populaire d'Afrique de l'Est, en plus de sa maîtrise du style swahili Tarab (Taarab), qui mêle influences arabes et africaines.
Prix et distinctions en reconnaissance d'un siècle de parcours
Bi Kidude a acquis une reconnaissance internationale grâce à sa longue carrière, remportant le prix WOMEX en 2005, l'un des prix internationaux les plus prestigieux de la musique du monde, et recevant l'Ordre tanzanien des Arts et des Sports en 2012 en reconnaissance de ses contributions culturelles.

Ces prix n'étaient rien de plus qu'une reconnaissance tardive d'une valeur artistique qui était restée pendant des décennies à l'écart des projecteurs internationaux.
Le départ et les funérailles auxquels a assisté la nation
Le 17 avril 2013, le rideau est tombé sur une vie qui a duré plus d'un siècle, avec le décès de Bi Kidude à l'âge de 113 ans. Ses admirateurs l'ont pleurée lors de funérailles solennelles auxquelles ont assisté le président du pays et une foule de fans de sa voix, une scène qui confirme sa place dans la conscience tanzanienne et africaine.



