Ministre d'État à la Condition de la Femme en Libye pour ”Zoom Africa News” : L'autonomisation des femmes est un investissement dans le développement et un véritable partenariat dans la prise de décision

Interview menée par : Sally Atef
Dans le contexte des transformations politiques et économiques que connaît la Libye, la question de l'autonomisation des femmes apparaît comme l'un des dossiers nationaux prioritaires, compte tenu de la place centrale qu'occupent les femmes libyennes dans les processus de développement, de reconstruction et de consolidation de la paix.

Dans une interview exclusive pour “Zoom Africa News”, Dr. Intisar Aboud, Ministre d'État des Affaires féminines du gouvernement libyen, révèle sa vision de la réalité des femmes libyennes, des principaux défis auxquels elles sont confrontées, et des plans du ministère pour renforcer la présence des femmes dans la vie politique et économique, en plus des efforts de lutte contre la violence, de développement de la législation et de soutien aux femmes entrepreneures, afin d'assurer une participation efficace des femmes dans l'élaboration de l'avenir de la Libye.

Au texte du dialogue:
Au départ, comment évaluez-vous la situation actuelle des femmes libyennes ? Et quels sont les défis les plus importants auxquels elles sont confrontées ?
La réalité des femmes libyennes aujourd'hui est caractérisée par une situation complexe qui mêle détermination à participer et à contribuer, et des défis politiques, économiques et sociaux qui continuent d'affecter leur parcours d'autonomisation et leur participation effective dans divers domaines.
Parmi ces défis figurent la persistance de la division institutionnelle et des tiraillements politiques, ce qui limite l'accès des femmes aux postes de prise de décision et affecte leurs chances de représentation juste et efficace.
Les militantes et les femmes politiques sont également confrontées à des campagnes de diffamation systématiques, à des discours de haine et à la stigmatisation sociale sur les plateformes numériques, dans le but de les exclure de la vie publique, outre les défis économiques que sont les opportunités d'emploi limitées et la difficulté d'accès au financement dans un contexte de crises économiques successives.

Comment peut-on transformer le dossier de la femme d'un dossier social en un véritable partenariat décisionnel ?
La transition vers un véritable partenariat dans la prise de décision nécessite de changer la perception des femmes, passant de bénéficiaires de la protection sociale à partenaires clés dans la formulation des politiques publiques.
Et cela passe par l'institutionnalisation de l'autonomisation des femmes en renforçant leur présence dans les postes de direction et les organes consultatifs, et en intégrant la perspective de genre dans l'élaboration des lois, des plans de développement et des budgets de l'État, afin de garantir leur participation effective à la planification et à la prise de décision.

Comment percevez-vous le niveau de représentation des femmes dans les postes gouvernementaux et de direction ?
La femme libyenne est encore loin d'atteindre une représentation équitable dans les postes gouvernementaux et de leadership. Bien qu'il existe des compétences féminines distinctes dans des postes ministériels, diplomatiques et administratifs, cette présence reste limitée et ne reflète pas le potentiel réel des femmes libyennes, ce qui nécessite de renforcer le principe de l'égalité des chances et de tirer parti des compétences nationales dans divers postes de responsabilité.
Quel est le plan du ministère pour renforcer la participation des femmes aux élections et à la vie politique ?
Le plan de promotion de la participation politique des femmes repose sur leur qualification pour se présenter aux élections par le biais de programmes de formation et de renforcement des capacités, et sur la création d'un environnement juridique et numérique sûr qui les protège contre les discours de haine et la violence politique, en plus d'encourager les partis et les forces politiques à donner aux femmes de réelles opportunités de se présenter et de concourir, et à les placer en positions avancées dans les listes électorales.

Comment les crises et les conflits ont-ils affecté la situation des femmes libyennes ?
La femme libyenne compte parmi les groupes les plus touchés par les crises et les conflits, supportant le fardeau des déplacements forcés, la perte de sources de revenus et les responsabilités familiales accrues. Malgré sa grande résilience et sa capacité d'adaptation, ces circonstances ont épuisé une grande partie de son énergie qui aurait pu être mobilisée pour le développement et la production.

Quels sont les programmes économiques les plus importants pour soutenir les femmes sur le marché du travail ?
L'autonomisation économique est l'un des piliers les plus importants du soutien aux femmes, par la création de pépinières d'entreprises dédiées aux femmes entrepreneures, en leur facilitant l'accès au financement et aux prêts concessionnels, ainsi qu'en fournissant des programmes de formation spécialisés qui correspondent aux besoins du marché du travail, en particulier dans les domaines de la technologie, de l'économie verte et de la gestion moderne.
Comment le ministère traite-t-il le dossier de la violence à l'égard des femmes ?
Le dossier de la violence à l'égard des femmes est l'un des dossiers qui nécessitent un traitement législatif et institutionnel intégré, par le biais du développement de lois qui offrent une protection contre les différentes formes de violence, y compris la violence et le chantage en ligne, outre le soutien des unités de protection des femmes, la fourniture de canaux sûrs pour signaler, et la garantie de l'assistance juridique, psychologique et sociale aux victimes.
Quelle est la nature de la coopération avec les organisations internationales et africaines ?
La coopération avec les organisations internationales et africaines repose sur l'échange d'expertise, le renforcement des capacités et la capitalisation des meilleures pratiques dans l'élaboration des stratégies nationales et la promotion de la participation des femmes, tout en soulignant l'importance du respect de la souveraineté nationale et des particularités culturelles de la société libyenne, afin de garantir que les programmes de coopération soient conformes aux priorités nationales.
Quel rôle les femmes peuvent-elles jouer dans la reconstruction et le développement économique ?
La femme libyenne constitue un élément essentiel dans les efforts de reconstruction et de développement durable, en raison des compétences et de l'expertise scientifique et professionnelle qu'elle possède dans diverses disciplines. Son rôle ne se limite pas à la mise en œuvre, mais il comprend la participation à la planification, à l'élaboration des politiques et à la définition des visions qui garantissent un développement durable répondant aux besoins de la société.
Et qu'en est-il de l'autonomisation des femmes dans le Sud et les zones rurales ?
L'autonomisation des femmes dans le Sud et les zones rurales est une priorité particulière, à travers la mise en œuvre de programmes de développement et d'éducation, le soutien aux projets productifs locaux, le renforcement des services et la création de canaux de communication qui garantissent que les besoins des femmes dans ces régions parviennent aux institutions décisionnelles, contribuant ainsi à réduire le fossé de développement et à réaliser l'équité spatiale.
Comment le ministère soutient-il l'entrepreneuriat et les petites et moyennes entreprises ?
Le soutien à l'entrepreneuriat repose sur la création d'un environnement propice à l'innovation, à travers la mise en place de plateformes numériques pour la commercialisation des projets des femmes entrepreneures, la mise en œuvre de programmes de formation en gestion financière, études de faisabilité et marketing électronique, ainsi que la facilitation de l'accès au financement et aux conseils pour assurer la pérennité et la croissance des projets.
Quels sont les aspects clés du plan de réforme de la législation sur les droits des femmes ?
Le plan de réforme législative vise à réviser les lois en vigueur et à supprimer tout texte susceptible de limiter l'égalité des chances, ainsi qu'à développer la législation relative au travail, à la sécurité sociale, à l'entrepreneuriat et à la propriété intellectuelle, tout en préparant des cadres juridiques adaptés aux évolutions numériques et aux exigences du développement durable.
Enfin... Comment peut-on combattre les stéréotypes sur les femmes dans la société ?
Les stéréotypes sont combattus en mettant en avant des rôles féminins réussis dans divers domaines, en promouvant une culture d'appréciation de la compétence et de la réussite, et en adoptant un discours équilibré basé sur les valeurs nationales, sociales et juridiques, soulignant que l'autonomisation des femmes est un investissement pour la famille et la société, et contribue à la réalisation du développement et de la stabilité.



