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Les festivals africains se transforment en moteurs économiques redessinant le paysage

Le rôle des festivals africains dans le soutien de l'économie

Écrit par : Ayman Ragab

Les grands festivals africains ne se limitent plus à la présentation de spectacles artistiques, mais sont devenus des plateformes économiques alliant tourisme, investissement, sponsoring, entrepreneuriat culturel et diplomatie douce. Cette transformation reflète une évolution profonde des industries créatives sur le continent, où la valeur économique est désormais mesurée par la capacité de ces événements à stimuler des écosystèmes économiques intégrés. Cela pousse les musées et les institutions patrimoniales à réévaluer leurs modèles économiques sans pour autant abandonner leur mission culturelle.

Au fil des ans, l'évaluation des politiques culturelles en Afrique a été associée à des institutions permanentes telles que les musées, les centres culturels, les bibliothèques et les sites patrimoniaux. Cependant, le paysage connaît une transformation nette, les festivals s'arrogeant une part croissante du financement, des visiteurs, des sponsors d'entreprises et des marques mondiales, devenant ainsi la principale porte d'entrée de l'économie créative dans de nombreux pays africains.

Cette évolution ne se limite pas à un changement des modes de pratique culturelle, mais reflète également une nouvelle manière de produire et de mesurer la richesse liée à la culture, dans un contexte où la contribution des industries culturelles à l'économie mondiale ne cesse de croître. Selon les données de l’UNESCO, les industries culturelles et créatives représentent environ 3,1% du produit intérieur brut mondial et fournissent 6,2% des emplois totaux, ce qui incite les gouvernements et les investisseurs à adopter des modèles culturels générant des retombées économiques directes.

Bien que l'Afrique participe à cette croissance, une étude de la Banque Africaine d'Import-Export (Afreximbank) suggère que l'importance économique réelle des industries culturelles sur le continent reste inférieure à leur taille réelle, en raison de l'ampleur de l'économie informelle, et de la faiblesse des bases de données et des statistiques, ce qui rend difficile la mesure précise de la contribution du secteur et limite sa présence dans les priorités de dépenses et d'investissement.

Les festivals... des indicateurs économiques directs

Les festivals se caractérisent par la facilité de mesurer leur impact économique par rapport aux institutions culturelles permanentes, car leurs résultats peuvent être suivis par le nombre de visiteurs, les nuitées d'hôtel, les dépenses touristiques, les contrats de parrainage, la couverture médiatique et les partenariats commerciaux, qui sont des indicateurs montrant leurs effets immédiatement après la fin de l'événement.

En revanche, l'évaluation du retour économique des musées et des institutions patrimoniales nécessite des périodes plus longues, ce qui rend les festivals plus attrayants pour les financiers et le secteur privé, grâce à leur capacité à produire des résultats rapides et tangibles.

Ces événements ont évolué pour devenir des plateformes intégrées réunissant entreprises, investisseurs, institutions publiques, entreprises de tourisme, centres de formation et pionniers des industries créatives, afin que l'événement culturel devienne un point de départ pour une large gamme d'activités économiques.

Maroc : le festival Gnawa comme modèle

Le Maroc reflète clairement cette tendance, les données de l'Observatoire du tourisme indiquant que le secteur a créé environ 894 000 emplois directs au cours de l'année 2024, que le Royaume a accueilli 17,4 millions de touristes, avec des revenus atteignant 112 milliards de dirhams, en plus de l'enregistrement de 28,7 millions de nuitées.

Le Festival Gnaoua et Musiques du Monde est l'un des exemples les plus notables dans ce domaine, accueillant plus de 300 000 visiteurs, attirant plus de 70 sponsors et collaborant avec 75 partenaires médiatiques, selon les données de ses organisateurs.

Une étude réalisée par la société « Valens » a également montré que chaque dirham investi dans le festival génère un retour économique de 17 dirhams pour la ville d'Essaouira, ce qui a contribué à dynamiser les secteurs de l'hôtellerie, de la restauration, des commerces et des activités touristiques.

Et le festival a élargi son champ d'activités en lançant un forum international, des programmes de formation en collaboration avec le Berklee College of Music, ainsi que des initiatives pour la préservation du patrimoine Gnaoua, remplissant ainsi simultanément des rôles éducatifs, culturels et économiques.

Lagos, Ouagadougou et Dakar... centres des marchés créatifs

Au Nigeria, le salon ART X Lagos est devenu une plateforme intégrée comprenant des expositions, des résidences d'artistes, des conférences, des programmes éducatifs, des projections de films et des opportunités de réseautage professionnel. Ses organisateurs affirment qu'il a attiré plus de 700 000 visiteurs en personne et virtuels de plus de 170 pays, avec la participation de plus de 500 artistes de 70 pays, ce qui en fait l'un des marchés organisés les plus importants pour l'art africain contemporain.

Quant au FESPACO au Burkina Faso, il est passé d'un festival de cinéma à un marché spécialisé de coproductions, de financement et de distribution, via la plateforme « Yennenga » qui met en relation producteurs, financiers et partenaires industriels. L'Union européenne a soutenu les rencontres professionnelles du festival en 2025 à hauteur de 195 millions de francs CFA, tandis que Canal+ a contribué à hauteur d'environ 100 millions de francs CFA en 2023, reflétant la dimension industrielle croissante du festival.

Au Sénégal, la biennale de Dakar, « Dak'Art », a renforcé le statut de la capitale comme l'un des centres d'art contemporain les plus importants d'Afrique, après que l'édition 2012 a attiré près de 30 000 visiteurs de 53 pays, ainsi que 300 professionnels du marché de l'art et 150 journalistes.

Au Ghana, le festival Chale Wote se démarque comme un exemple de festival de taille moyenne qui a un impact économique tangible, attirant plus de 20 000 visiteurs et contribuant à soutenir les arts visuels, la musique, la mode, le cinéma et les industries créatives, tout en dynamisant les entreprises des commerçants et des petites entreprises.

Ce changement confirme que les festivals africains ne sont plus de simples événements culturels, mais sont devenus des outils de développement économique, de promotion touristique, d'attraction des investissements et de création de réseaux de coopération internationale, ce qui en fait l'un des moteurs les plus importants de l'économie créative sur le continent dans les années à venir.

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