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L’ambassadeur d’Égypte en République démocratique du Congo, dans son interview avec Zoom Africa : “ Les relations entre les deux pays sont excellentes… et le marché congolais est capable d’absorber davantage d’entreprises égyptiennes. ”

Entretien avec l'ambassadeur d'Égypte en République démocratique du Congo avec Zoom Afrique

Interview réalisée par Sally Atef

À l'heure où les relations égypto-africaines connaissent un essor croissant aux niveaux politique, économique et du développement, la République démocratique du Congo se distingue comme l'un des pays africains les plus importants, entretenant des relations historiques de longue date avec l'Égypte, remontant à plusieurs décennies et fondées sur un héritage de coopération et de coordination sur de nombreuses questions d'intérêt commun.

À la lumière des récents développements en République démocratique du Congo, qu'il s'agisse de la lutte contre l'épidémie d'Ebola ou des défis sécuritaires et économiques, Zoom Africa News a mené une interview avec l'ambassadeur Hesham Elmekwad, ambassadeur d'Égypte en République démocratique du Congo, afin de connaître la nature du soutien égyptien apporté à Kinshasa, l'avenir des relations bilatérales entre les deux pays et les principales opportunités d'investissement offertes aux entreprises égyptiennes sur le marché congolais.

Le dialogue a également porté sur les perspectives de coopération politique, économique, culturelle et éducative entre Le Caire et Kinshasa, la position du Congo sur les questions régionales importantes pour l'Égypte, notamment la question de l'eau du Nil, ainsi que sur l'évaluation de la réalité de la stabilité et de la sécurité en République démocratique du Congo et le rôle du sport et des échanges culturels dans le renforcement des relations entre les deux peuples.

Le texte du dialogue...

Nous aimerions commencer par évoquer l'aide que la République arabe d'Égypte a envoyée la semaine dernière à la République démocratique du Congo, pays frère. Veuillez nous en dire plus sur ces efforts égyptiens et nous informer de la crise actuelle que traverse le Congo.

L’Égypte a réagi rapidement et immédiatement à la crise sanitaire actuelle en République démocratique du Congo, à savoir l’épidémie d’Ebola qui a frappé l’est du Congo ces dernières semaines.

S’appuyant sur les liens fraternels et historiques unissant les deux pays, des directives présidentielles ont été émises afin d’agir rapidement et efficacement en envoyant une aide médicale et alimentaire à la République démocratique du Congo. Cette action a été menée conjointement par l’Agence égyptienne pour le partenariat pour le développement et le ministère égyptien de la Santé, l’aide, d’un montant total de 10 tonnes, étant acheminée en trois phases.

En réalité, cette initiative égyptienne a été très bien accueillie par les instances gouvernementales et officielles, ainsi que par l'opinion publique, et a bénéficié d'une large couverture médiatique. J'ai participé à une réunion de coordination avec le Premier ministre au cours de laquelle les derniers développements ont été présentés et la rapidité de la réaction égyptienne face à cette situation difficile a été saluée.

Si l'on parle des relations égypto-congolaises, que ce soit sur le plan politique, culturel, des investissements ou commercial, comment percevez-vous la réalité de ces relations ?

Je ne m'attarderai pas trop sur la dimension historique, mais les relations égypto-congolaises sont des relations historiques qui remontent à 1960.

L’histoire n’oublie jamais la position de l’Égypte à l’égard du combattant et homme d’État congolais Patrice Lumumba, et la noble position égyptienne envers cette icône africaine et sa famille reste profondément ancrée dans la conscience et l’histoire du Congo.

Au fil des années, et malgré les différents dirigeants, les relations égypto-congolaises sont restées privilégiées, liées par plusieurs axes, et des relations personnelles étroites ont été maintenues entre les présidents à différentes époques.

Dans ce contexte, je me souviens du président Mobutu Sese Seko, qui évoquait toujours une position qu'il avait prise lors de la guerre d'Octobre 1973, lorsqu'il prononça sa célèbre phrase : “ S'il faut choisir entre un ami et un frère, le choix se portera sur le frère ”, en référence à l'Égypte.

Ces dernières années, les relations ont connu une nette amélioration du niveau de coordination politique entre les dirigeants égyptiens et congolais. La République démocratique du Congo a notamment adopté des positions claires et explicites sur la question des eaux du Nil, un sujet étroitement lié à la sécurité nationale égyptienne.

Le Congo n'a ni signé ni ratifié l'Accord d'Entebbe, et le président Félix Tshisekedi a toujours souligné, tant dans ses conversations avec moi que dans ses déclarations publiques, que le Congo n'a pris aucune position qui puisse nuire aux intérêts égyptiens sur cette question vitale.

Il s'agit d'un message clair qui témoigne de la profondeur des relations politiques entre les deux pays et qui a permis une coordination continue au niveau du Président de la République et des ministres, notamment du ministre des Affaires étrangères et du ministre des Ressources en eau et de l'Irrigation, sur de nombreux dossiers d'intérêt commun.

Des consultations et une coordination sont également en cours au sein de diverses instances internationales, que ce soit au sein de l'Union africaine, des Nations Unies ou d'autres organisations internationales, dans le but d'adopter des positions similaires sur les questions qui préoccupent le continent africain.

 Qu’en est-il des relations économiques et d’investissement ?

 

Des progrès significatifs ont indéniablement été réalisés, mais je crois que nous n'avons pas encore atteint le niveau des relations politiques privilégiées qui unissent nos deux pays.

Le marché congolais est immense, avec environ 120 millions d'habitants, et le pays possède des ressources naturelles abondantes et diversifiées, ce qui en fait l'un des marchés les plus prometteurs du continent africain.

En effet, de nombreux pays de grande et moyenne taille sont fortement présents au Congo, et il est donc devenu nécessaire pour les entreprises égyptiennes de renforcer leur présence sur ce marché.

Je fais ici référence à un modèle très performant, celui de la société Arab Contractors, présente au Congo depuis environ 14 ans, qui a réalisé des succès notables dans des projets essentiels, notamment dans le secteur routier, et qui a été la première à construire le bâtiment du ministère congolais de la Défense.

Ce modèle confirme donc que le marché congolais est capable d'absorber davantage d'entreprises égyptiennes et que le secteur privé égyptien doit faire les efforts nécessaires pour explorer ce marché, même si nous y sommes entrés relativement tard.

Comme le dit le proverbe anglais, “ mieux vaut tard que jamais ”, et toutes les agences d'État égyptiennes sont prêtes à fournir les installations et les informations nécessaires dans ce domaine.

Quelles sont les principales opportunités d'investissement en République démocratique du Congo ? Et comment attirer davantage d'entreprises égyptiennes ?

Il ne fait aucun doute que le secteur des infrastructures figure parmi les plus prometteurs. Par infrastructures, on entend les routes, les transports et divers projets logistiques.

Plusieurs projets sont prioritaires pour la partie congolaise, notamment un projet de ligne ferroviaire reliant la capitale Kinshasa au principal port du pays, la ville de Matadi. Ce projet, parmi les plus importants, est toujours à la recherche d'investisseurs et d'entreprises capables de le mettre en œuvre.

Il existe également d'importantes opportunités en matière de développement et d'amélioration de l'efficacité des aéroports nationaux, en plus du transport fluvial, qui revêt un grand intérêt au Congo en raison de la forte dépendance au fleuve Congo comme principal moyen de transport, notamment pour les marchandises.

La partie congolaise a besoin d'une expertise technique et technologique ainsi que d'entreprises capables de mettre en œuvre ces projets, tandis que l'Égypte possède une grande expertise dans les domaines des infrastructures et des transports, en plus de la présence d'entreprises égyptiennes qui ont prouvé leur efficacité dans la mise en œuvre de grands projets à l'intérieur et à l'extérieur de l'Égypte.

Qu’en est-il des autres secteurs ?

Le secteur minier est l'un des plus importants secteurs économiques de la République démocratique du Congo. Le pays est réputé pour ses immenses richesses minérales, qu'il s'agisse d'or ou de métaux rares comme le lithium et le cobalt.

Il est vrai que les entreprises chinoises et américaines sont fortement présentes dans ce secteur, mais le marché est très vaste et peut accueillir davantage d'investissements, offrant ainsi une réelle opportunité aux entreprises égyptiennes d'y entrer et d'y être compétitives.

Il y a aussi le secteur agricole, car le Congo possède de vastes étendues de terres arables, en plus du secteur énergétique, qui connaît un besoin croissant de production d'électricité, notamment avec des projets de barrages de petite et moyenne taille qui présentent un grand intérêt pour le gouvernement congolais.

Le secteur de la santé et de l'industrie pharmaceutique représente également une opportunité majeure. Des mesures positives ont déjà été prises dans ce domaine, notamment la signature d'un accord de coopération entre l'Autorité égyptienne des médicaments et son homologue congolaise.

Les médicaments égyptiens ont déjà commencé à pénétrer le marché congolais, même si ce n'est qu'à ses débuts, mais les indicateurs sont positifs et laissent entrevoir la possibilité d'une expansion dans la période à venir.

En résumé, la réussite des entreprises égyptiennes au Congo repose sur un véritable effort d'exploration du marché, notamment par des visites de terrain et la création de partenariats avec des entreprises congolaises. Les résultats ne seront peut-être pas immédiats, mais ils se concrétiseront assurément à moyen et long terme, comme en témoignent les expériences de nombreux pays et entreprises présents sur place.

Quel message souhaitez-vous adresser aux entreprises égyptiennes qui souhaitent investir ou se développer en Afrique en général et au Congo en particulier ?

Je crois qu'il y a plusieurs étapes clés à suivre.

Premièrement, il convient d'étudier en profondeur les lois et réglementations régissant le commerce et l'investissement dans le pays cible, et d'identifier les règles de création d'entreprises, les mécanismes d'accès aux marchés, les modalités de relations avec les organismes gouvernementaux et les procédures de suivi des appels d'offres et des projets proposés.

Deuxièmement, dans les pays francophones, notamment en République démocratique du Congo, il est important pour les entreprises d'avoir du personnel francophone. Si la maîtrise insuffisante du français n'est pas un obstacle insurmontable, elle peut néanmoins limiter la capacité à communiquer et à comprendre les partenaires locaux.

Troisièmement, les visites de terrain sont absolument essentielles. Les véritables opportunités ne peuvent être identifiées uniquement à travers des rapports ; il est indispensable d’être sur le terrain et d’échanger directement avec les organismes gouvernementaux et le secteur privé.

La coordination avec l'ambassade d'Égypte et le bureau commercial est également très importante, car nous disposons d'un vaste réseau de relations et de communication, et nous cherchons toujours à aider les entreprises égyptiennes à organiser des réunions et à leur présenter les opportunités disponibles.

Le dialogue direct reste le moyen le plus court de comprendre les besoins du marché local et d'identifier les opportunités de coopération et de partenariat.

Les résultats ne viendront peut-être pas aujourd'hui ni demain, mais ils viendront certainement s'il y a persévérance et continuité.

S'il n'y avait pas de réelles opportunités au Congo, nous ne verrions pas autant de pays et d'entreprises se disputer cette place.

La concurrence est aujourd'hui bien plus féroce qu'il y a dix ans. De nouveaux acteurs, dont la Turquie, investissent massivement le marché congolais et mettent en œuvre une stratégie d'expansion claire en Afrique.

Des entreprises turques se sont implantées dans les secteurs de la construction et du bâtiment, et il existe une école turque et un centre de santé turc au Congo, ce qui témoigne de l'existence d'un plan intégré pour la présence turque sur le continent.

C’est pourquoi je dis toujours que les relations politiques entre l’Égypte et le Congo sont fortes et remarquables, tout comme la coopération en matière de sécurité, mais que le principal point faible demeure le fait que les relations économiques et d’investissement n’ont pas encore atteint le niveau qui correspond à ces relations politiques avancées.

Qu’en est-il des relations culturelles et éducatives entre l’Égypte et la République démocratique du Congo ?

Il s'agit d'un aspect très important des relations entre les deux pays. L'un des axes de coopération les plus marquants dans ce domaine est la présence de cinq envoyés de l'université Al-Azhar en République démocratique du Congo, qui enseignent les sciences islamiques et les fondements de la religion islamique et sont très respectés par les musulmans du Congo.

L’Égypte offre également un grand nombre de bourses aux étudiants congolais, que ce soit par le biais d’Al-Azhar ou d’universités publiques et privées égyptiennes.

Il convient de noter ici que lors de la récente visite du président Félix Tshisekedi et de son épouse en Égypte pour participer aux célébrations de l'ouverture du Grand Musée égyptien, la Première dame du Congo s'est rendue à l'Université allemande du Caire, où l'université a annoncé l'octroi de dix bourses d'études à des étudiants congolais.

L’Agence égyptienne pour le partenariat pour le développement propose également de nombreuses subventions et formations, en plus des programmes de formation organisés par diverses institutions égyptiennes à l’intention du personnel congolais.

Bien que l'université Senghor ne soit pas une université égyptienne au sens strict, elle est située en Égypte et offre des opportunités éducatives qui profitent à de nombreux étudiants congolais.

Pour notre part, nous souhaitions créer un groupe regroupant des diplômés d'universités égyptiennes et d'anciens étudiants en Égypte, afin de maintenir le contact avec eux et de les tenir informés des dernières actualités en Égypte, car nous pensons que la relation ne doit pas s'arrêter à la fin des études ou de la formation.

En réalité, la plupart de ceux qui se rendent en Égypte pour étudier ou se former repartent avec une impression très positive du peuple égyptien, de la civilisation égyptienne et du formidable développement qu'a connu le pays ces dernières années, ce qui renforce les liens d'amitié et d'affection entre les deux peuples.

La République démocratique du Congo devrait-elle participer officiellement aux réunions de l'Union africaine qui se tiendront à El Alamein à la fin du mois ?

Pour l'instant, nous n'avons pas reçu de confirmation officielle définitive, mais d'après les indicateurs et les informations disponibles, on s'attend à ce que la République démocratique du Congo soit représentée à ces importantes réunions.

Quel est selon vous le rôle du sport dans le soutien des relations entre les peuples ?

Le sport joue un rôle vital et important dans la promotion du rapprochement entre les peuples africains et contribue de manière significative au renforcement des relations populaires.

Naturellement, le football est le sport le plus populaire du continent, et les principaux clubs égyptiens, notamment Al-Ahly et Zamalek, sont largement connus au Congo.

La star égyptienne Mohamed Salah jouit également d'un grand statut et d'une grande popularité auprès du peuple congolais, et est considéré comme l'une des figures sportives les plus importantes du continent africain.

Ces dernières années, nous avons assisté à diverses formes de coopération et d'échanges sportifs, que ce soit par le biais de visites réciproques entre équipes ou de participation à des championnats continentaux.

Un détail intéressant dont je me souviens est que, lors de notre première rencontre, où je présentais mes lettres de créance, le président Félix Tshisekedi a évoqué la Compagnie des entrepreneurs arabes. Il n'a pas limité son discours à cette seule entreprise, mais a également fait référence au Club des entrepreneurs arabes et à son histoire sportive, ce qui témoigne de l'intérêt et de la connaissance des affaires égyptiennes au Congo.

J'aimerais aborder une question importante qui préoccupe beaucoup de gens : la stabilité et la sécurité en République démocratique du Congo, et plus généralement en Afrique, d'autant plus que certains ont des préjugés négatifs sur le continent africain.

dans Il convient de souligner d'emblée qu'il est impossible de généraliser lorsqu'on parle de l'Afrique. Ce continent comprend des dizaines de pays aux situations politiques, économiques, sociales et sécuritaires très diverses.

Il est vrai qu'il existe des défis communs, mais chaque pays a ses particularités et des circonstances différentes.

Quant à la République démocratique du Congo, c’est un vaste pays, caractérisé par une grande diversité tribale, ethnique et linguistique, et qui partage des frontières avec plus de 12 pays, des facteurs qui compliquent la gestion de certaines problématiques.

Nul n’ignore que l’est du Congo connaît depuis un certain temps des problèmes de sécurité, liés aux activités du mouvement “ M23 ” et aux tensions entre le Congo et le Rwanda.

Cependant, l'activité économique et les investissements n'ont pas cessé. Des entreprises chinoises, américaines, canadiennes, belges et turques continuent d'opérer au Congo, y compris dans certaines zones confrontées à des problèmes de sécurité.

Ceci constitue en soi un indicateur important que des opportunités d'emploi et d'investissement existent encore et que l'environnement d'investissement est capable d'accueillir davantage de partenariats internationaux.

S'il n'y avait pas eu de réelles opportunités de réussite, ces entreprises n'auraient pas pu continuer à fonctionner et à se développer pendant des décennies.

L’expérience chinoise en est un exemple clair, car la présence chinoise au Congo ne s’est pas arrêtée au cours des dernières décennies, mais s’est au contraire renforcée et a accru son influence.

J'aimerais aller plus loin : si l'Égypte veut maintenir une influence forte et durable au Congo, quels que soient les changements de gouvernement ou de direction politique, elle doit avoir des intérêts économiques solides et profondément enracinés dans ce pays.

Ce sont les intérêts économiques qui assurent la continuité et la solidité des relations sur le long terme, tandis que le fait de s'appuyer uniquement sur des relations politiques ou personnelles peut rendre ces relations vulnérables aux changements.

Par conséquent, le renforcement de la présence économique égyptienne au Congo représente non seulement une opportunité d'investissement, mais aussi un investissement stratégique pour l'avenir des relations entre les deux pays.

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