Le Sénat nigérian vote sur un projet de loi relatif à la police d'État, dans un contexte de divisions concernant les pouvoirs des gouverneurs.

Nigéria – Boubacar Sani
Le Sénat nigérian s'apprête à tenir un vote crucial sur un projet de loi visant à créer des forces de police au niveau des États, suite à la soumission par le président Bola Ahmadu Tinubu d'un projet de loi d'amendement constitutionnel au Parlement, une mesure qui pourrait représenter l'une des réformes sécuritaires les plus importantes de l'histoire moderne du pays.
Ce vote attendu intervient dans un contexte de défis sécuritaires croissants au Nigéria, notamment la violence, les enlèvements et les attaques armées, ce qui a incité de nombreux États à réclamer davantage de pouvoirs pour gérer la sécurité locale.
Tinobo milite pour des amendements constitutionnels.
Le projet de loi vise à modifier la constitution de 1999 afin de permettre la création de forces de police au niveau des États, en parallèle de la Force de police fédérale nigériane ; une proposition qui bénéficie du soutien d’un grand nombre de gouverneurs d’État et de responsables de la sécurité.
Le président du Sénat, Godswell Akpabio, a souligné que ce projet de loi représente une réforme historique qui restructurera le système de sécurité du pays et renforcera la gestion de la sécurité locale, appelant les membres du Sénat à participer pleinement à la séance de vote.
Il a également expliqué que le conseil s'efforcera d'accélérer les procédures législatives et de soumettre le projet aux conseils législatifs de l'État dès qu'il sera approuvé.
Les experts sont divisés sur les pouvoirs des arbitres
Le système de police d'État proposé a suscité un vaste débat parmi les chefs militaires, les anciens policiers et les experts en sécurité quant à l'étendue des pouvoirs qui devraient être accordés aux gouverneurs d'État.
De nombreux experts estiment que les forces de police locales devraient être responsables de la sécurité intérieure, du recueil de renseignements, des enquêtes et du maintien de l'ordre de proximité, avec des garanties constitutionnelles en place pour prévenir les abus de pouvoir.
À l'inverse, d'autres ont mis en garde contre l'octroi aux dirigeants de pouvoirs étendus qui pourraient conduire à l'exploitation des services de sécurité à des fins politiques ou à leur utilisation contre leurs rivaux et opposants.
Appels à des mécanismes de surveillance indépendants
Des experts en sécurité ont plaidé pour la création d'organismes indépendants chargés de superviser les forces de police des États, afin de garantir la transparence et la responsabilité et d'empêcher toute ingérence politique.
Certains experts ont également suggéré la création de comités de sécurité locaux chargés de conseiller les gouverneurs sur les politiques de sécurité et la gestion des ressources humaines et financières des nouvelles agences.
Les partisans du projet estiment que la police locale contribuera à améliorer le recueil de renseignements et à renforcer la confiance entre les citoyens et les services de sécurité, ainsi qu'à accélérer les réponses aux menaces sécuritaires.
Le soutien des gouverneurs d'État et des réserves quant au financement
Le projet bénéficie d'un large soutien de la part des gouverneurs d'État qui réclament depuis des années des pouvoirs constitutionnels accrus pour gérer les questions de sécurité au sein de leurs États.
Les partisans de la décentralisation de la sécurité affirment qu'elle permettra de mieux répondre aux défis locaux, notamment dans les zones touchées par l'insécurité.
À l'inverse, les critiques s'inquiètent du coût de la mise en place de forces de police indépendantes dans chaque État, ainsi que des risques de politisation et du risque que ces forces soient utilisées dans des conflits politiques locaux.
Une étape historique attend l'approbation des États-Unis.
Pour que le projet de réforme constitutionnelle devienne effectif, il doit obtenir le soutien des deux tiers des membres des deux chambres du Parlement, ainsi que l'approbation d'au moins 24 conseils législatifs d'État, avant d'être soumis au président pour ratification finale.
Les observateurs estiment que l'issue du vote déterminera si le Nigeria s'oriente vers la plus grande refonte de son système de sécurité depuis son indépendance, dans un contexte de demandes croissantes de solutions de sécurité plus proches des communautés locales.



