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Sénégal : Le vieux Rufisque… un patrimoine érodé entre les vagues de l’Atlantique et l’avancée du béton

Écrit par : Ayman Ragab

Le grondement des vagues accompagne encore les rivages de Rufisque, tandis que les pêcheurs continuent de naviguer comme leurs ancêtres il y a des siècles, mais derrière cette scène tranquille se cache une autre vérité : un patrimoine historique qui s'estompe peu à peu sous le poids du temps et l'empiètement de l'urbanisation moderne.

Bienvenue à Old Rufisque, l'une des quatre communes historiques du Sénégal, où le parfum du passé s'estompe peu à peu face au béton.

Position stratégique sur la côte ouest-africaine

Avant que Dakar ne devienne la capitale du pays, Rufisque occupait une place centrale sur la côte ouest-africaine. À l'origine un village de pêcheurs nommé Berzeguéche, il fut ensuite rebaptisé Rio Fresco par les marins portugais, avant d'obtenir le statut de municipalité en 1880. Grâce à son architecture coloniale, son urbanisme original et son riche passé, il figure sur la liste indicative de l'UNESCO pour le patrimoine mondial.

Dans les ruelles étroites du centre historique, de vieux bâtiments témoignent encore d'un passé glorieux. Façades colorées, balcons en fer forgé, boutiques en pierre et maisons de marchands d'antan rappellent l'époque où Rufisque était l'un des centres économiques les plus importants d'Afrique de l'Ouest. Cependant, ces vestiges du passé luttent aujourd'hui pour survivre aux ravages du temps et à l'abandon.

Aujourd'hui, nombre de ces bâtiments tombent en ruine, tandis que certains ont été complètement démolis pour laisser place à des constructions modernes qui souvent font fi de l'identité architecturale de la ville.

La possibilité de concilier développement et préservation du patrimoine

Néanmoins, certains exemples remarquables confirment la possibilité de concilier développement et préservation du patrimoine. L'ancienne gare, réhabilitée pour accueillir le train express régional, a conservé son caractère historique après sa restauration, illustrant avec succès la modernisation des infrastructures sans effacer la mémoire urbaine.

La professeure Mayssa Ndiaye-Bye, inspectrice de l'éducation à la retraite et ancienne conseillère culturelle du maire de Rufisque, déclare :
“ Depuis des années, nous assistons à un état de négligence, voire de destruction, des monuments historiques qui ont façonné l’identité de la ville. Si l’État et les autorités locales n’adoptent pas une véritable politique de protection, tout ce qui caractérise Rufisque sera menacé de disparition. ”

Quelques traces du passé subsistent encore.

Les habitants confirment toutefois que le visage de la ville a nettement changé. Idrissa Ba, militante communautaire, déclare :
“ Ruvisc a beaucoup changé. Il reste quelques traces du passé, mais le centre-ville, qui était autrefois son cœur historique, a été transformé par de nouveaux projets de construction. ”

L'ironie réside dans le fait que cette ville, réputée pour son immense patrimoine, assiste à un déclin constant de son héritage historique, dans un silence assourdissant. Pourtant, les experts soulignent que protéger le patrimoine ne signifie pas figer la ville, mais plutôt la développer tout en préservant son identité.

La professeure Maysa Ndiaye-Bye ajoute : “ Les vieux bâtiments en pierre peuvent être réaménagés pour de nouveaux usages. La gare ferroviaire régionale express est un excellent exemple de la façon dont la restauration et la préservation du patrimoine historique peuvent aller de pair. ”

Mais Idrissa Ba estime que le problème principal réside dans l'absence d'une vision claire pour la préservation du caractère architectural, déclarant :
“ Les bâtiments devraient être restaurés tout en préservant leurs caractéristiques architecturales d'origine, mais ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'ils sont démolis et remplacés par de nouveaux bâtiments, ce qui change radicalement le visage de Ruvisc. ”

Bien que la ville surplombe toujours l'océan qui l'entoure depuis des siècles, ses bâtiments en ruine racontent une autre histoire : celle d'un patrimoine qui disparaît pierre après pierre. Le vieux Vrović ne manque ni d'histoire ni d'identité, mais il a besoin, avant qu'il ne soit trop tard, d'une véritable politique pour protéger ce qui reste de sa mémoire architecturale.

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