La dernière chance… Le libre-échange parviendra-t-il à libérer l’Afrique sur le plan économique ?
L'accord de libre-échange repose sur le secteur manufacturier et l'accroissement des échanges intra-régionaux.

Écrit par : Mohammed Omran
Malgré ce qu'elle possède Afrique Avec d’immenses ressources naturelles et un marché de consommation de plus de 1,4 milliard d’habitants, les économies du continent restent fortement dépendantes des exportations de matières premières et des importations de produits manufacturés, ce qui les rend vulnérables aux fluctuations des marchés mondiaux et aux chocs externes. Un rapport récent sur le commerce et l’investissement en Afrique a révélé que le continent est toujours confronté à des défis structurels qui entravent sa transformation économique, au moment même où l’on fonde de grands espoirs sur l’Accord de libre-échange continental africain (ALECA) pour promouvoir l’intégration économique, soutenir le secteur manufacturier et accroître le commerce intra-africain.
Le libre-échange parviendra-t-il à libérer l'Afrique sur le plan économique ?
Le rapport, paru dans le volume 10 de la publication semestrielle intitulée « Le paysage du commerce et de l’investissement en Afrique », explique que ce modèle commercial limite la capacité des pays africains à atteindre une forte valeur ajoutée et les rend plus vulnérables aux fluctuations économiques mondiales.
Le rapport souligne que les exportations africaines restent concentrées sur les produits agricoles, le pétrole et le gaz, ainsi que les minéraux, tandis que les biens manufacturés et les équipements représentent la majeure partie des importations. Selon la Banque africaine d'import-export (Afreximbank), cette situation rend de nombreuses économies du continent vulnérables aux chocs externes liés à la volatilité des prix des matières premières, aux tensions géopolitiques et aux perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales.
Les indicateurs du commerce mondial confirment cette analyse : la part de l’Afrique dans les exportations mondiales n’a pas dépassé 2,21 milliards de billions de dollars en 2023, alors que le continent représente environ 171 milliards de billions de dollars de la population mondiale. De plus, le commerce intra-africain ne représentait que 14,81 milliards de billions de dollars du commerce total du continent, contre 54,51 milliards de billions de dollars en Asie et 68,41 milliards de billions de dollars en Europe, ce qui témoigne de la faiblesse persistante de l’intégration commerciale entre les économies africaines.
Zone de libre-échange continentale : une opportunité de transformation
Le rapport affirme que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est l'instrument le plus important pour diversifier la base de production et d'échanges commerciaux du continent, renforcer les chaînes de valeur régionales et soutenir le commerce intra-africain. Cet accord s'inscrit également dans le cadre de l'Agenda 2063 de l'Union africaine, qui vise à promouvoir l'intégration économique, stimuler l'industrialisation et accroître la productivité.
Commerce en Afrique : le continent reste otage des exportations de matières premières
D'après les estimations du rapport, les exportations intra-africaines pourraient augmenter de plus de 201 milliards de tonnes de marchandises (TP3T) au cours de la prochaine décennie, à mesure que la mise en œuvre de l'accord s'accélère. D'autres estimations, émanant des Nations Unies et de la Banque mondiale, suggèrent des hausses encore plus importantes, pouvant atteindre 811 milliards de tonnes de marchandises d'ici 2035, si les réformes requises sont pleinement appliquées.
Malgré ces perspectives positives, les progrès sur le terrain restent limités ; le commerce intra-africain n'a augmenté que de 69 milliards de dollars à 81 milliards de dollars entre 2019 et 2023, ce qui reflète les défis structurels persistants auxquels est confronté le commerce sur le continent.
défis en matière d'infrastructure et de financement
Le rapport souligne que le développement des infrastructures demeure une condition préalable au soutien du commerce et des investissements, notamment dans les secteurs de l'énergie, des transports, des ports, des communications et de la logistique, ce qui contribue à réduire les coûts des affaires et à améliorer les flux commerciaux transfrontaliers.
Il a également souligné l'importance de renforcer l'environnement réglementaire, de soutenir les institutions économiques, d'élargir les possibilités de financement pour les petites et moyennes entreprises, ainsi que de tirer parti de la croissance rapide des technologies financières numériques qui jouent un rôle croissant dans la stimulation des investissements locaux.
Dans le même temps, le rapport a noté la disparité persistante des flux d'investissements directs étrangers sur le continent, les pays d'Afrique de l'Est et d'Afrique australe recevant la plus grande part des investissements par rapport aux pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale, en raison des différences en matière d'infrastructures, de gouvernance et d'environnement d'investissement.
Rôle croissant des institutions de financement du développement
Le rapport souligne que les institutions de financement du développement régional, au premier rang desquelles figure la Banque africaine d'import-export, continuent de jouer un rôle essentiel dans le soutien du commerce intrarégional en fournissant des financements et en lançant des initiatives de facilitation des échanges.
Parmi les initiatives les plus importantes figurent le Système africain de paiements et de règlements (PAPSS), le Fonds d'ajustement de la Zone de libre-échange continentale africaine, le Mécanisme coopératif de garantie de transit et la Foire commerciale intra-africaine, qui vise à promouvoir les liens commerciaux et d'investissement au sein du continent.
Le rapport conclut en soulignant que l'Afrique a réalisé des progrès tangibles sur la voie de l'intégration économique, mais qu'il reste encore un long chemin à parcourir pour parvenir à la transformation structurelle souhaitée. Il insiste sur le fait que combler les déficits de financement et d'infrastructures et améliorer la compétitivité des économies africaines demeureront des facteurs essentiels pour libérer tout le potentiel du commerce et des investissements sur le continent dans les années à venir.



