Viande séchée au Soudan : un mets délicieux qui n’attend que des opportunités d’exportation pour conquérir le monde.
Prostituée soudanaise

Écrit par : Ayman Ragab
La viande séchée traditionnelle soudanaise est déjà populaire auprès des communautés soudanaises à l'étranger, où elle est transportée et vendue par le biais du commerce informel. Le défi consiste désormais à transformer ce commerce informel en une industrie formelle.
Au Soudan, des générations ont grandi en mangeant du sharmout, une viande de bœuf séchée traditionnelle préparée en faisant sécher des steaks au soleil. Bien avant l'invention du réfrigérateur, le séchage de la viande était une méthode pratique de conservation des aliments, et au fil du temps, le sharmout est devenu bien plus qu'une simple méthode de conservation : il est devenu une composante essentielle de la culture culinaire soudanaise.

Aujourd'hui encore, de nombreuses familles soudanaises préparent de grandes quantités de sharmout avant le Ramadan. Si le sharmout demeure un aliment de base des repas traditionnels et des petits déjeuners du week-end dans une grande partie du Soudan, pour les Soudanais vivant à l'étranger, sa signification dépasse la simple valeur nutritive ; il évoque des souvenirs de chez soi, de famille et de traditions partagées.
Cette petite quantité suffit pour plusieurs mois.
Les Soudanais de retour du Soudan emportent encore un ou deux kilos de sharmout maison dans leurs bagages. Une petite boîte en carton contenant cette viande séchée peut suffire à nourrir une famille pendant des mois. Ce produit est aussi souvent offert en cadeau aux proches résidant dans les pays du Golfe, en Europe, en Amérique du Nord et en Australie. Les destinataires apprécient particulièrement ce cadeau car il est difficile à trouver dans le commerce traditionnel.
Cependant, le système informel par lequel les produits sharmout parviennent aux communautés soudanaises de l'étranger est confronté à des difficultés croissantes. De nombreux pays ont durci leur réglementation concernant l'importation de denrées alimentaires dans les bagages personnels, et les produits artisanaux sont souvent dépourvus d'emballage, de liste d'ingrédients, d'informations nutritionnelles, de dates de production et de péremption, ainsi que des certificats sanitaires officiels exigés par la réglementation alimentaire moderne. Avec la croissance continue des communautés soudanaises à l'étranger, ces exigences deviendront probablement encore plus cruciales.
Paradoxalement, ces restrictions pourraient représenter une opportunité. La demande existe déjà, mais elle est encore largement satisfaite par les réseaux familiaux et communautaires informels. À mesure que les restrictions sur ces circuits se renforcent, le besoin d'une production commerciale s'accroît. Au lieu d'être transportées dans des valises, les nouilles pourraient être transformées, conditionnées, certifiées et distribuées professionnellement par le biais de circuits de distribution formels.
La production commerciale offre des avantages qui vont bien au-delà du simple respect de la réglementation. Contrairement à la viande congelée, la viande séchée ne nécessite ni réfrigération constante ni une longue chaîne du froid. Elle peut être conservée plus longtemps, transportée à moindre coût et expédiée avec un risque de détérioration réduit. Ces caractéristiques sont particulièrement précieuses dans des pays comme le Soudan, où le coût de l'énergie est élevé et les infrastructures fragiles en raison de la guerre.

Le Soudan n'est pas le seul pays à perpétuer la tradition des viandes séchées ; divers types de viandes séchées et conservées font depuis longtemps partie intégrante de la cuisine traditionnelle du Yémen, d'Oman et de certaines régions d'Arabie saoudite. Les produits carnés séchés sont également utilisés dans de nombreux plats populaires d'Afrique du Nord. Au-delà du monde arabe, des produits tels que le bacon en Amérique du Nord et le biltong en Afrique du Sud illustrent comment les techniques de conservation traditionnelles peuvent se transformer en industries commerciales florissantes.
Succès commercial attendu
L'expérience d'autres pays montre que les aliments traditionnels peuvent connaître un succès commercial bien au-delà de leurs marchés d'origine. En Afrique du Sud et en Namibie, par exemple, le biltung, viande conservée localement, est devenu un produit commercial reconnu, et en Amérique du Nord, le jerky, autrefois technique de conservation traditionnelle, est devenu une industrie pesant plusieurs millions de dollars. Ces exemples ne garantissent pas un succès similaire pour la viande séchée soudanaise, mais ils démontrent que les aliments traditionnels peuvent acquérir une valeur commerciale lorsqu'ils bénéficient d'une image de marque et d'un emballage appropriés, ainsi que de normes de qualité élevées.
Cela ne signifie pas pour autant que la viande séchée soudanaise deviendra du jour au lendemain un acteur majeur du commerce mondial de la viande ; son potentiel le plus réaliste réside dans les marchés de niche. Des millions de Soudanais vivant à l’étranger connaissent ce produit et le recherchent activement. Les pays du Golfe, avec leurs importantes communautés soudanaises, pourraient constituer un point de départ idéal.
De là peuvent émerger des opportunités sur les marchés alimentaires halal plus vastes, où les consommateurs sont prêts à payer un prix plus élevé pour des produits certifiés qui allient authenticité culturelle et normes alimentaires fiables, ainsi que parmi les consommateurs intéressés par les aliments traditionnels riches en protéines.
Le défi de le transformer en produit de consommation
Le défi ne réside donc pas dans la création de la demande, car elle existe déjà parmi les millions de Soudanais vivant à l'étranger qui connaissent le produit et le recherchent. Le véritable enjeu est de transformer ce produit alimentaire, actuellement transporté par le biais des réseaux familiaux et des bagages personnels, en un produit pouvant atteindre les consommateurs de manière légale et fiable par les circuits commerciaux officiels. Contrairement à de nombreux produits d'exportation, le sharmout n'a pas besoin d'un nouveau marché ; il a besoin d'un marché existant pour être mieux servi.

Les industries d'exportation performantes ne reposent pas toujours sur d'immenses usines ou des stratégies nationales ambitieuses. Elles peuvent parfois naître de produits connus, appréciés et recherchés activement. Pour le Soudan, l'une de ces opportunités pourrait résider dans le passage quotidien des frontières, transportés dans les valises des voyageurs.
La question n'est plus de savoir s'il existe un marché ou non, mais si le Soudan peut transformer une tradition informelle en une industrie formelle avant que les changements de régime et le manque persistant d'investissements ne fassent disparaître cette opportunité.



