Le devoir sacré de l'art de gouverner : pourquoi la véritable gouvernance doit commencer par l'écoute – le cas de la Zambie
Un gouvernement qui cesse d'écouter ses citoyens perd toute autorité morale pour les gouverner. Le gouvernement existe pour le peuple, et non le peuple pour le gouvernement. Le gouvernement est au service du peuple, et c'est le peuple qui a autorité sur le gouvernement.
Par conséquent, le véritable pouvoir politique ne réside ni dans les appareils d'État, ni dans les décrets exécutifs, ni dans les privilèges des hautes fonctions ; il réside dans le peuple. Lorsque les partis politiques et les dirigeants élus substituent à la réalité du quotidien des citoyens des chiffres économiques rigides et une rhétorique défensive, la démocratie commence à s'éroder.
À l'approche des élections générales cruciales du 13 août 2026 en Zambie, un dangereux fossé s'est creusé entre le gouvernement et les citoyens, nous rappelant une vérité fondamentale : le premier critère d'un bon gouvernement est sa capacité à écouter, à s'adapter et à servir.
L'histoire nous offre une leçon intemporelle sur cet art de gouverner à travers le fondateur de la Zambie et chef du Parti uni pour l'indépendance nationale (UNIP), le Dr Kenneth Kaunda. En 1990, après près de deux décennies d'un système centralisé à parti unique sous la direction de l'UNIP, le climat politique était marqué par d'immenses pressions internes et un mécontentement populaire généralisé.
Des dirigeants en proie à l'insécurité se seraient accrochés au pouvoir, utilisant l'appareil d'État pour réprimer violemment la dissidence et maintenir un contrôle absolu. Mais le président Kaunda a, au contraire, fait preuve d'un leadership exceptionnel en étant à l'écoute des aspirations changeantes du peuple zambien.
Reconnaissant la volonté de la nation de revenir au pluralisme politique, le président Kaunda a choisi la voie de l'humilité et de la paix plutôt que de s'accrocher au pouvoir personnel. Il a signé l'abrogation de l'article 4 de la Constitution, ouvrant ainsi la voie juridique aux partis d'opposition. Il a également facilité la tenue des élections générales de 1991 afin d'assurer une transition harmonieuse vers la démocratie multipartite en les avançant de deux ans. Initialement prévues pour 1993, ces élections ont été fixées au 31 octobre 1991. Après avoir perdu son pouvoir après 27 ans de règne, il a accepté avec dignité les résultats des élections, ayant été chassé du pouvoir par le peuple aspirant au changement.
Le président Kaunda a prouvé qu'écouter ne signifie pas faiblesse ; au contraire, soumettre l'ego des dirigeants à la volonté collective de la nation est la marque suprême d'un véritable homme d'État.

Cette leçon historique contraste fortement avec le contexte politique actuel sous l'administration du Parti uni pour le développement national (UPND). Alors que le gouvernement en place insiste constamment sur la stabilité macroéconomique, notamment en ramenant l'inflation annuelle dans la fourchette cible de 6 à 6,61 TP3 % et en finalisant d'importants accords de restructuration de la dette internationale, il a largement négligé les préoccupations quotidiennes des Zambiens.
Il existe désormais un fossé immense entre l'optimisme affiché par le gouvernement et la dure réalité sur le terrain. Malgré des prévisions de croissance positives, plus de 701 000 personnes restent prisonnières de la pauvreté. De plus, l'administration demeure largement indifférente aux difficultés engendrées par la hausse du coût de la vie, l'envolée des prix alimentaires et la grave crise énergétique qui frappe les ménages.
Les préoccupations légitimes exprimées par les institutions civiques, l'Église et les communautés locales concernant la mauvaise gestion sont souvent ignorées ou accueillies par une rhétorique politique défensive. En considérant la gouvernance comme un monologue plutôt que comme un dialogue continu, l'UPND reproduit les mêmes erreurs qui, par le passé, ont conduit à la chute rapide des précédents partis au pouvoir.
Pour combler cet écart, un gouvernement à l'écoute de son peuple doit dépasser le cadre rigide de l'austérité imposé par les politiques du FMI et mettre en œuvre des alternatives économiques spécifiques et centrées sur l'humain, à savoir :
Premièrement : Mesures urgentes pour la sécurité alimentaire et énergétique
Au lieu de laisser les forces du marché déterminer la capacité des populations à survivre, l'État devrait mettre en œuvre un soutien ciblé aux intrants agricoles de base et à la farine de maïs, avec des investissements massifs dans des réseaux d'énergie solaire décentralisés afin de protéger les communautés des effets dévastateurs des pannes hydroélectriques.
Deuxièmement : des réformes financières et fiscales au profit des plus démunis
Le fardeau peut être immédiatement allégé en relevant le seuil d'exemption de revenu pour l'impôt sur le revenu des salaires (PAYE) afin de protéger les travailleurs à faible revenu, et en élargissant les exemptions de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les biens de consommation de base afin de réduire efficacement le coût de la vie.
Troisièmement : la production locale et l'égalité dans le secteur minier
Au lieu de célébrer les chiffres des exportations de cuivre brut qui enrichissent des entités étrangères, les politiques devraient imposer la valorisation des ressources minérales au sein du pays, ce qui conduirait directement à la création d'emplois industriels pour les jeunes Zambiens.
Quatrièmement : Restructurer les dettes des fonctionnaires
Au lieu de laisser la dette commerciale à taux d'intérêt élevés étouffer les fonctionnaires, le gouvernement devrait créer des mécanismes transparents et garantis par l'État d'échange et de restructuration de la dette, dans le but de donner aux fonctionnaires une marge de manœuvre financière.
Mais la réalisation de cette vision alternative exige une transformation profonde du paysage politique. Les élections à venir constituent un référendum direct sur les performances économiques du gouvernement, or la fragmentation de l'opposition profite directement à l'administration en place. La désunion actuelle entre les différentes forces politiques et les alliances nouvellement formées ne fait qu'affaiblir la voix collective des citoyens mécontents.
Il est urgent que l'opposition s'unisse. Ses dirigeants doivent mettre de côté leurs ambitions personnelles, renoncer à leur orgueil et s'unir au sein d'un front démocratique unique et cohérent. Des élections fragmentées ne feront que perpétuer le statu quo, tandis qu'une coalition unie, fondée sur des valeurs communes, offre aux Zambiens une alternative claire et crédible à la mauvaise gestion.
Les dirigeants qui refusent d'écouter le désespoir silencieux du peuple devront inévitablement faire face à son rejet retentissant dans les urnes. Il est temps que toutes les forces démocratiques s'unissent, exigent un gouvernement véritablement à l'écoute et rendent le destin de la Zambie à son peuple.
À propos de l'auteur :
Son Excellence Monseigneur Musonda Trevor Selwyn Mwambaa, évêque anglican et président du Parti uni pour l'indépendance nationale (UNIP), allie foi et gouvernance. À la tête de ce parti historique de libération de la Zambie, il défend une vision fondée sur une gouvernance éthique, la justice économique et la réconciliation nationale, avec pour objectif de restaurer la dignité de tous les Zambiens.


