Éthiopie : Entre ambitions extérieures, complexités intérieures et le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne – Une lecture analytique

Shaaban Bilal
L’Éthiopie est confrontée à un paradoxe frappant : sa volonté de s’affirmer comme puissance régionale émergente se heurte à sa fragmentation politique interne. Ce rapport analyse les interactions entre crises internes, récits nationaux et orientations stratégiques de sa politique étrangère.
Défis internes et cohésion fragile
Malgré son influence continentale croissante, l'Éthiopie souffre de profondes divisions ethniques et fédérales. Bien que la guerre du Tigré se soit achevée avec l'accord de Pretoria, la stabilité demeure fragile, les troubles persistants en Amhara et en Oromia mettant à l'épreuve la légitimité du gouvernement central. Face à cette fragmentation, le gouvernement instrumentalise les projets nationaux à des fins de mobilisation politique et d'unité symbolique.
Le Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne et la mémoire historique
Le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) s'impose comme un symbole national majeur, utilisé pour apaiser les divisions et présenté au niveau national comme une “ réparation historique ” et un droit souverain. Cependant, la transformation de questions techniques en enjeux identitaires complique les négociations avec les pays situés en aval, notamment en raison de la préférence d'Addis-Abeba pour les actions unilatérales plutôt que pour les cadres juridiquement contraignants, alimentant ainsi les tensions persistantes dans le bassin du Nil.
Orientation stratégique et ” dépassement ” régional
La politique étrangère récente de l'Éthiopie se caractérise par une attitude assertive que les critiques perçoivent comme une tentative d'“ exporter ” ses crises internes. Cela s'est manifesté par l'invocation de récits historiques pour justifier sa revendication d'accès à la mer Rouge, revendication pratiquement concrétisée par le “ Mémorandum d'entente avec le Somaliland ”. Ces initiatives ont été considérées comme une atteinte à la souveraineté somalienne et une violation du droit international, renforçant les craintes d'une “ surenchère stratégique ” qui menace la sécurité de la Corne de l'Afrique.
Résumé
L’avenir de l’Éthiopie en tant que leader régional ne dépend pas de l’ampleur de ses projets ni de son héritage historique, mais de sa capacité à instaurer une stabilité intérieure globale et à gérer pacifiquement sa diversité. Un rayonnement durable exige également un changement d’approche, passant d’une stratégie unilatérale et conflictuelle à une approche fondée sur les principes de bon voisinage et de droit international. Sans cohésion interne et confiance régionale, les ambitions extérieures demeureront une source d’instabilité plutôt que de développement.



